Effets secondaires - Steven Soderbergh - EEE dans Le cine d'Edouard effetsLe dernier film de Soderbergh est l’occasion d’aborder le sujet au combien nécessaire à la bonne progression du monde des anxiolytiques.

L’anxiolytique est une pilule, rose, verte ou bleue, dont l’ingestion procure aux plus nécessiteux un sentiment de bien-être paradoxal puisqu’il procède de l’oubli de soi. « On est bien lorsqu’on oublie qu’on est », leste proposition dont la justesse échappe aux plus térébrants psychanalystes, ce n’est pas en tissant un psychodrame qu’on dénoue l’écheveau de nos contradictions, il est plus sûr de jeter sur le grouillement un voile pudique, il préviendra nos consciences d’une vision insupportable.

L’anxiolytique n’a pas toujours eu cette forme oblongue et lisse de suppositoire, il était d’une taille franchement plus imposante au jurassique et d’une consistance plus dure, un gourdin rappelle sa tournure, il ne se prenait pas par voie orale mais appliqué sur la nuque, l’heureux bénéficiaire du traitement ne s’en relevait pas, il accédait ainsi à l’état de végétal, bienheureuse ataraxie à laquelle aspire l’homme moderne, sans conscience, la fête est plus folle.

L’anxiolytique est la concrétion d’un état d’esprit, il est le signe tangible du culte dévolue au bien-être, l’ère est thérapeutique, le bien-être est le salut, un salut aux proportions de l’homme moderne, cloporte obèse que rien n’indispose plus que l’inconfort. Il n’est qu’à lire les journaux, ce ne sont qu’exhortations à vivre heureux, selon son cœur, son moi, son cul, le surmoi est un vilain tout moche qui ne susurre que menteries et remontrances, vivons heureux ou mourrons dans la honte. L’objet de la politique est devenu le bonheur, il ne s’agit plus de garantir la liberté de chacun, il faut encore lui assurer le bien-être, Castoriadis l’avait prédit, la démocratie moderne l’a fait, l’amour pour tous, les mêmes droits pour tous, la jalousie est mauvaise rumination, elle putréfie le désir, elle sape le moral, le citoyen attend désormais que l’on fasse son bonheur et son bonheur est dans l’égalité, Télérama le proclame, Libération le certifie : le gouvernement légifère. La jalousie n’est plus de mise, on dévoile son patrimoine, on se marie avec son chien, sa chienne, on veut du sucre, des caramels mous et des dents saines.

Je rassure mes fidèles lecteurs, l’homme moderne est aussi consistant qu’un miasme, il n’est de réel que l’homme singulier, il est un fantasme utile, un épouvantail dressé dans le champs du bien, un point sur une statistique, un utilitaire pour une politique détachée du réel mais persuadée de sa mission anxiolytique. Le citoyen a le droit d’être heureux, il en a même le devoir, on lui organise des fêtes, des jamborees géants au pied de la tour Eiffel, des mariages somptueux, les vapeurs de bonheur étouffent les révolutions, garrottent les ambitions, les sacerdoces, rien ne vaut que l’on souffre, rien ne vaut que l’on meurt, il n’est de richesse que le sentiment d’être bien dans ses baskets. Du moins aussi bien que son voisin, les socialistes l’ont bien compris, le ravissement des moules procède d’abord de la certitude qu’aucune n’est mieux lotie, c’est la béatitude par défaut.

Mes amis, il faut croire en l’homme, l’homme n’est pas un rouage, il ne se réduit pas à un argument, engrenage bien huilé d’une bureaucratie débilitante, bureaucratie qui fonde sa légitimité sur l’idée fausse que l’homme est intégralement résolu par la raison, libéralisme primaire, l’homme est un mystère, la raison n’épuise pas ses contradictions, il est jaloux mais il est capable d’acte gratuit, même Cahuzac, même Depardieu, même Caroline Fourest, même la plus putride des âmes, Audrey Pulvar. Les médias voudraient nous faire croire que l’homme est petit, mesquin, jaloux, qu’il n’incline qu’à son intérêt (bien sûr cette image n’est révelée qu’en négatif, la course au bien-être est pour eux salutaire) et c’est ainsi que le gouvernement gouverne, en tenant l’homme pour un enfant immature et mesquin, il croit l’homme définitivement replié dans la sphère privée, privatisé,  indifférent à la collectivité, il se trompe et d’ailleurs il n’est pas du rôle du gouvernement de donner des bonbons aux enfants. Je m’emporte, je suis comme le pape François, Je crois en l’homme.

Effets secondaires commence comme une charge contre l’industrie pharmaceutique et finit en thriller policé. C’est admirablement mis en scène, bien joué, c’est gris et métallisé: une Safrane. Une jeune femme mariée à un tendron plein de lipides, le quidam est interprété par Channing Tatum, déprime depuis que son mari est sorti de prison. Son nouveau psychiatre lui conseille une pilule verte, elle vient d’être mise sur le marché, on en voit des publicités dans le métropolitain, c’est dire son efficacité. La donzelle retrouve vigueur et libido mais tue son mari alors qu’elle est plongée dans un état de somnolence provoqué par la prise du médicament. La justice s’emmêle, rien n’est clair, la jeune femme dissimule un secret, le psychiatre en fait les frais.

Le film change de genre et d’ambition en cours de route, si l’enjeu diminue, le plaisir que l’on prend à l’intrigue n’est pas moindre, c’est ficelé comme un saucisson de Lyon, serré, tendu, impeccable. Du bel ouvrage, un peu caricatural, un peu sophistiqué mais très divertissant. Recommandable. EEE.

Edouard.

Les 10 livres qui permettent de mieux comprendre l’homme moderne

Magic Mike – Soderbergh – EE

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