Giotto e compagni - Musée du Louvre - EEe dans Les sorties d'Edouard giottoGiotto s’expose au Louvre.

Giotto est le plus grand peintre italien après Leonard de Vinci, Michel-Ange Molitor, Picasso, qui était espagnol, et probablement Versace, il naquit au XIIIème siècle et mourut le siècle suivant car c’était un précurseur, il contribua à dissiper les ténèbres moyenâgeuses dans lesquelles baignait l’art avant la Renaissance.

Alors que Giotto n’était encore qu’un modeste pastoureau disposant d’un génie précoce pour le dessin et la glande en rase campagne, je n’invente rien, tout cela est véridique, vous pouvez vérifier dans Vasari, avant qu’il ne devienne pour toujours le découvreur du point de fuite et le maître des édicules à quatre colonnes, l’art était gothique. Les peintres avaient des cheveux longs, noirs, de grosses bagues et l’œil charbonneux, ils croyaient au diable et dessinaient sur de grands panneaux des enfers putrescents où les damnés cuisaient à hautes températures. Les saints étaient de longues figures hiératiques et blafardes, les églises, de flamboyantes flèches de pierre dressées vers le ciel, l’ambiance était sombre, on craignait la géhenne de feux, la peste noire et les écrouelles. Le Black Dog, tripot du quatrième arrondissement donne aujourd’hui une image assez fidèle du climat anxiogène qui régnait alors sur le parvis des cathédrales, les stigmates d’une puberté délicate remplacent les scrofules, Alléluia, Vishnu et Brahmapoutre, la pénicilline est passée par là, il n’est plus nécessaire d’attendre le toucher présidentiel pour soigner l’inflammation de ses follicules pilosébacés.

Giotto est de cette sorte de peintre qu’une postérité brillante maintient encore dans l’orbite culturel du péquin éclairé, le péquin éclairé est un homme dont le goût n’a pas été totalement perverti par la télévision et la lecture compulsive des liminaires facebookiens, son âge tend à croître avec l’évolution des technologies. Giotto reste un repère de l’histoire de l’art car sa peinture est un sommet, elle laisse dans l’ombre des vallées les contributeurs les plus modestes ou les plus laborieux, s’élève au soleil de la reconnaissance avec d’autant plus de bonne grâce qu’à la fois quintessence de l’art chrétien et premiers pas vers la Renaissance, elle satisfait aussi bien les rétrogrades que les progressistes.

L’histoire de l’art, comme l’histoire politique, n’est pas la succession de ruptures qu’on voudrait nous faire accroire, elle n’est pas réalisée par des révolutions, chacune de ses étapes trouve ses prémices dans celle qui l’a précédé, une nouvelle forme de représentation naît de l’épuisement de la précédente, un épuisement qu’il faut comprendre comme un raffinement extrême. Si l’art de Giotto est une apogée, il est également un passage, un pont séparant le Trecento de la Renaissance.

L’histoire de la peinture est d’abord une histoire d’hommes, elle est supportée par une vision ontologique, c’est-à-dire une compréhension changeante de ce qu’est un homme : un citoyen, une créature de Dieu, un être raisonnable et finalement une moule, Giotto s’inscrit dans cette évolution, longue épopée qui n’est peut-être pas un progrès mais dont les trémulations ne finissent pas de réverber jusqu’à nos jours.

En peignant des saints expressifs, Giotto contrevenait à la règle tacite de l’hiératisme, il fallait que l’immutabilité des vérités de foi se traduise par la fixation des traits, l’autorité du regard et de la pose. Avec Giotto le réel remplace peu à peu le symbole sans toutefois verser dans le naturalisme, les saints n’ont pas l’œil qui frise et le sourire égrillard, ils continuent d’avoir une belle peau veloutée et le nez long mais ils éprouvent des sentiments. C’est particulièrement remarquable dans les scènes de groupe, peu sont montrées au Louvre, hormis les crucifixions : les fresques ne se déplacent pas, elles restent bêtement pendues aux murs (à moins que l’on ne dispose de fonds chinois pour déménager les églises ou le château de Versailles)… Dans ces scènes, le sujet est autant l’évènement représenté que l’émotion qu’il suscite parmi les témoins, les disciples écartent les bras, la sainte vierge s’évanouit, les anges grimacent : c’est la descente de la croix.

Au Louvre, une seule salle est réservée à l’exposition, la salle de la Chapelle, on peut y admirer une trentaine d’œuvres dont la fameuse stigmatisation de Saint François d’Assise, superbe. On peut également comparer l’art de Giotto (et de son atelier) avec celui de ses contemporains, précurseurs ou disciples, c’est l’occasion de mesurer l’influence formidable qu’eut Giotto dans l’histoire de la peinture occidentale.

Une présentation qui donne envie d’aller en Italie. EEe.

Edouard

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