Les fruits du Congo - Alexandre Vialatte - EEE dans Les lectures d'Edouard congo-196x300Les fruits du Congo ne sont pas la courgette et la poire Williams, Les fruits du Congo est un roman d’Alexandre Vialatte, c’est dire s’ils sont supérieurs, on devrait les consommer au moins une fois l’an, ils favoriseraient notre transit, enrichiraient notre capital sympathie et feraient reculer la mort, une alimentation saine garantit un esprit débarrassé des contingences bassement terrestres. Lisons pour faire reculer l’âge du trépas, le trépas survient quand on préfère l’effeuillage des pâquerettes à la lecture d’un roman d’Alexandre Vialatte, il arrive assez tôt pour l’homme moderne, beaucoup sont déjà morts, même au supermarché, même et surtout devant la télévision.

Les fruits du Congo raconte la vie des jeunes, le jeune est presqu’aussi vieux que l’humanité, il n’a pas tout à fait l’âge d’Adam mais c’est tout comme. Dieu, qui a créé toutes choses, n’a pas créé le jeune, c’est dire si le jeune est remarquable, il est né d’Adam et Eve un beau jour de juin, tout vagissant et plein de glaires. N’étant pas une créature divine, le jeune est imparfait, sa nature viciée le cloue au sol quand il n’aspire qu’à l’azur. Le jeune de province se distingue du jeune de la ville par une moralité plus sourcilleuse et un blazer bleu marine.

C’est en province que se déroule les évènements racontés par Alexandre Vialatte, le narrateur est un jeune sans caractère, collégien dans un établissement dirigé par un mythique Falstaff, son meilleur ami, Fred, est le vrai héros du livre, un héros abîmé par l’expérience de l’amour déçu. Les adolescents d’Alexandre Vialatte sont des êtres nobles et sans fard, ils aiment le potache et l’honneur, la tiédeur leur est insupportable, ils ne vivent bien que dans l’idéal.

La première partie du roman est consacrée au microscope, l’auteur promène un lorgnon poétique sur la ville, concentre son regard sur un quartier, une île ouverte dans les marais, des personnages truculents et dispersés dont les liens échappent au lecteur avant que la science du romancier ne les réunisse à la fin de l’ouvrage. On fait ainsi connaissance avec une troupe d’enfants sauvages, JM Barrie passé au crible d’un esprit plus amer, un vieil avocat décati aux oreilles de choux, une madame Verdurin portée sur la bibine, un grand échalas au charisme slave, un médecin bonhomme, tout un petit peuple d’Auvergne prend vie, animé par la plume contrapuntique de Vialatte : le moindre mot trop fort est lesté de trivialité pour ramener l’emphase poétique à une juste proportion, l’art du zeugme à sa perfection. Pour les ignorants, un zeugme célèbre du cher Alexandre « la femme, du moins au vingtième siècle, se compose d’une âme immortelle et d’un manteau de renard en chèvre façon loup ».

La seconde partie du livre tire les fils d’une intrigue minimale, Fred s’entiche d’une fée Clochette qui a donné son cœur à un aviateur de légende, elle est la reine des enfants sauvages et voudrait devenir actrice. L’adolescent s’embrase. Au cours d’une après-midi de feu, il emprunte la voiture de son oncle pour rejoindre sa dulcinée mais rien ne se passe comme prévu, elle n’est pas là, il délire, repart et croit la renverser sur la route du retour. On apprend finalement que la pauvrette s’est faite assassinée par un collectionneur de mouches. Fred s’embarque pour le Congo, ses fruits et la légion. C’est la guerre, les colonies et la mort.

Le réel n’est pas la première des préoccupations d’Alexandre Vialatte, l’errance automobile et hallucinée de Fred est à cet égard une page d’anthologie. Il se trame des fantasmagories bonhommes dans les provinces, elles embrouillent les repères ordinaires, ne reste qu’une poésie gaillarde  dont le style inimitable d’Alexandre Vialatte exauce la mélancolie singulière, gaité sourde ou joyeuse tristesse.  Les fruits du Congo est un livre littéraire, certains livres ne le sont pas, il ne fait pas d’histoire mais impose un rythme, une atmosphère, des images par la seule grâce d’une écriture étonnante et enchanteresse (pour ceux qui s’y laissent prendre). A lire. EEE.

Edouard.

L’oeuvre de Vialatte sur ce blog:

- Battling le ténébreux

- Chroniques de la Montagne

- Chroniques 68

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