romeoetjulieetRoméo aime Juliette, Juliette aime Roméo, ils s’aiment tellement qu’ils finissent par mourir, c’est le destin tragique des amours passionnelles, il faut qu’elles aient une fin rapide pour rester éternelles, paradoxe qui fait panteler les cœurs des jeunes amants, autant aimer un peu moins et durer un peu plus. Jay-z et Beyoncé l’ont bien compris, l’amour n’est rien, il n’est qu’une passade précédant un commerce plus lucratif.

Dans la pièce de Shakespeare, patrimoine mondial, monument immarcescible que les assauts de metteurs en scène bravaches n’ont jamais pu ébranler, l’amour est un sentiment ravageur, il naît à la faveur de circonstances fortuites et touche les âmes vertes, fraîches encore de la rosée matutinale, elles n’ont pas vécu, elles sont disposées au fer rougeoyant, instantanément consumées par le feu d’une impression, d’un regard de braise, eussent-elles été plus chevronnées, recuites par les déconvenues, endurcies par la rancœur, qu’elles n’auraient pas brûlé aussi vivement. Ana Girardot et Niels Schneider forment le couple mythique, ils sont jeunes, ils sont beaux, frisottés, on les dirait faits l’un pour l’autre, c’est le jeu cruel des attirances sexuelles, il laisse de côté les monstres et Quasimodo, l’adorable s’entiche de l’adorable et réciproquement, ne reste aux affreux qu’à prendre le pouvoir ou l’argent pour se doter d’appâts moins putrescibles, les belles seront séduites, ce ne sera pas de l’amour mais c’est tout comme.

La pièce revue par Nicolas Briançon a la couleur cendreuse de vieux clichés, Capulet et Montaigu sont d’honnêtes siciliens en mode costard, les femmes sont des veuves mariées à Tony Soprano, elles portent la mantille à merveille en sirotant des alcools forts. Au milieu d’un décor géométrique, entrecroisement de parois amovibles dont les déplacements suffisent à créer une salle de fête, un jardin ou un sépulcre ténébreux, les comédiens recréent le drame antédiluvien, l’amour, la mort, chabadabada, avec des mots immortels, cela fait toute la différence.

Le théâtre de Shakespeare est une boîte à images, un kaléidoscope où fusent les éclairs, mots tempétueux ou tendres zébrant l’imagination, pas de phrase, de style ou d’emphase, rien que du rêve, des images et des ombres. Le tableau réserve quelques zones de couleurs vives, criardes, d’autres sont de délicates aquarelles, l’ensemble est sublime, le grotesque voisine l’admirable, la nourrice s’époumone quand Juliette se meurt, le ridicule ne tue pas, il rend plus fort. Nicolas Briançon, metteur en scène chevronné, compose sa toile sans ostentation, économie des moyens, mais avec une adresse éprouvée par de nombreuses incursions chez Shakespeare, l’homme a un passé, c’est joli, respectueux, décoratif. La crinoline rouge sur fond gris du dernier acte ? Un symbole, une page de magazine, de Elle au moins, c’est Annie Leibovitz et Louis Vuitton au secours du théâtre Elisabéthain.

Niels Schneider en Roméo est très bien, il a la jeunesse et la frange, lui manque peut-être la fougue brouillonne des adolescents, ce feu dont jaillit une flamme imprévisible et fantasque, Ana Girardot est délicieuse, elle passe du pyjama à la nuisette, de la candeur mutine à la fatalité, avec l’aisance d’une comédienne naturelle et sans fard. Valérie Mairesse, routarde des planches, fait la preuve d’un métier sûr dans le rôle de la nourrice, elle emporte facilement les suffrages du public. Mercutio manque un peu de légèreté et d’humour, c’est peccadille.

Très recommandable. EEe.

Edouard.

Roméo et Juliette – Opéra Bastille – EEE

Autres spectacles de Nicolas Briançon sur ce blog:

Le songe d’une nuit d’été – EEE

D.A.F. Marquis de Sade – E

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