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La Colline inspirée – Maurice Barrès – EEE

colline inspirée

colline inspirée« Il est des lieux où souffle l’esprit ». Ainsi commence La Colline inspirée, roman de Maurice Barrès, homme controversé dont la haute stature littéraire est entourée de brumes sulfureuses, ses obsèques furent pourtant nationales, d’augustes tribuns lui rendirent hommage, le temps a passé, certaines accointances intellectuelles disposent aujourd’hui à l’opprobre, elles n’étaient à l’époque que positions de combat, viriles philosophies que les forces émollientes de l’opinion ont fini par réduire à l’état de spectres honteux. Barrès campe désormais dans le jardin du mal, noire contrée peuplée d’ombres puantes qui ne méritent pas l’examen, il y partage sa pitance avec Maurras, Bloy, Céline, Rebatet, écrivains de droite à la vie compliquée, aux postures bravaches et parfois révoltantes, dégueulasseries d’hommes libres qu’on ne pardonne pas dans un monde encaustiqué de morale. Le génie littéraire s’accommode de personnalité tarée, il s’accommode d’une âme commune, vulgaire, il ne distingue pas les caractères sublimes ou ripolinés à la feuille d’or mais touche des types ordinaires et parfois monstrueux.

Maurice Barrès n’était pas un monstre, c’était un écrivain de talent dont l’aventure politique tourna court, nationaliste amoureux de la terre, il défend dans son œuvre l’idée de conscience nationale, d’ancrage en un lieu hanté par les morts, il y a dans cette doctrine une mystique de la culture dont un esprit hâtif pourrait faire une interprétation insidieuse, je préfère pour ma part la rapprocher de de Simone Weil dans L’Enracinement1.

Si l’action politique du député Barrès fut viciée par un antisémitisme d’époque propre à la rendre irregardable aujourd’hui, il n’en va pas de même de ses romans, dégagés des trémulations idéologiques, ils brillent au firmament de l’histoire littéraire par l’éclat de leur style et l’universalité de leurs thèmes.

La colline inspirée raconte l‘aventure spirituelle de trois frères prêtres au début du dix-neuvième siècle. Rejetons d’une province imprégnée de religion, ils fondent sur les hauteurs d’une colline une industrieuse communauté dont l’activité profite bientôt à toute la région. Les frères achètent des champs, cultivent leur jardin, disent la messe, ils sont curés et paysans. L’évêché s’inquiète de l’influence grandissante de la fratrie, il décide de les envoyer en retraite pour leur apprendre humilité et obéissance. Les frères en reviennent sous la coupe d’un hérésiarque, Vintras, habile défroqué dont les illuminations subites et nébuleuses achèvent de corrompre la rude spiritualité de clercs déjà ébranlés par l’amertume de leur disgrâce. De retour sur la colline, l’aîné, Léopold,  prend la direction de la secte, les fidèles désertent le lieu de culte, quelques nonnes dépenaillées  conservent leur attachement à l’ancien prieur de Sion mais elles sont seules et découragées. Un prêtre envoyé par l’évêque met fin au doux rêve, il chasse les insoumis, rétablit l’autorité de l’Eglise sur la campagne bouleversée et voue les frères aux gémonies. La fin du roman voit l’édile officiel ramener l’aîné dans le giron de Rome, sur son lit de mort Léopold abjure ses convictions fantoches et reçoit l’extrême onction.

Si l’ordre triomphe, la victoire est amère, le prix à payer est celui de l’enthousiasme, de l’épanchement libre et mystique, renoncement salutaire dont l’apaisement qu’il procure aux caractères ardents se teinte de regret, sourde nostalgie où saille l’amour de la terre nourricière. L’attachement de Maurice Barrès au terroir, au paysage natal grêlé de collines, éclate dans ses descriptions poétiques, lyrisme éthéré et comme dispersé par le souffle d’une phrase rapide et aérienne, nulle pesanteur dans le style, au seuil de l’emphase, un petit air céleste qui donne le goût des hauteurs. La province est un lieu ou sédimente l’âme des ancêtres, il s’y conçoit de grands rêves à l’ombre des morts, c’est ainsi que les traditions fomentent la révolution.

Le roman figure dans la liste du Grand prix des Meilleurs romans du demi-siècle (prix unique inventé par Le Figaro en 1950), Barrès y côtoie Proust, Malraux, Mauriac, Sartre, Bernanos, compagnie moins périlleuse que celle du panthéon de la honte cité plus haut… EEE.

Edouard.

1 – La réflexion de Maurice Barrès est peut-être moins une pensée qu’une pose, celle d’un artiste tenté par l’esthétisme, tentation dangereuse qui n’effleura pas Simone Weil. Enfin, je crois. Intuition de blogueur.

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