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Les Enfants du paradis – Théâtre du Lucernaire – EEE

les enfants

 

les enfantsLes Enfants du paradis sont de bien curieux bambins, ils sautent au plafond, jettent des tomates ou des bouquets de fleurs, regardent la scène avec des yeux pleins d’escarbilles lumineuses, on les croit spectateurs, ils sont les vrais acteurs du drame, le public tragique et ridicule des derniers rangs.

Au Lucernaire on donne depuis quelques temps une adaptation théâtrale du chef d’œuvre de Carné, les mots sont toujours de Prévert mais la poésie a viré de bord, le lyrisme gouailleur fait place au rock’n’roll, l’éclairage donne le ton, un peu d’ombre maculée de rouge et des lunettes noire derrière un microphone : Thierry Ardisson revenu des nuits blanches fait un coryphée de polar. Thierry Ardisson, c’est Philippe Person, le talentueux metteur en scène est également comédien, il joue les chœurs et Frederik Lemaître. On retrouve Garance, Baptiste, Lemaître, Nathalie, enfants de paradis, graines de drames élevés dans la touffeur écarlate des coulisses, ils revivent pour nous le vaudeville parigot, Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment d’un aussi grand amour.

Les histoires d’amour entre saltimbanques ressemblent à des pièces de théâtre, ce n’est pas étonnant, on s’aime avec d’autant plus de vigueur qu’on s’aime deux fois, dans la vie et sur la scène, on se regarde aimer aussi, c’est un souci de metteur en scène, l’amour se joue dans un décor choisi, avec les mots des autres. Les feux de la rampe embrasent le fond des slips et le cœur des artichauts, Baptiste aime Garance, Garance aime Baptiste, chabadabada, cela finira mal. L’amour est un triangle, il est impossible à deux.

L’adaptation de Philippe Person est astucieuse, elle néglige les chicanes judiciaires de l’intrigue originale pour se concentrer sur la romance, le sentiment vaut mieux que la crapule, cela ressert le spectacle et l’attention. L’amour s’emballe dans un décor minimaliste, simplicité ustensile qui suscite l’imagination, pareil pour les costumes, d’une banalité accrocheuse et suggestive, une salopette rabattue sur la taille suffit à transformer un père en sa fille. Ils sont quatre comédiens pour tous les rôles, tous excellents, ils ne s’inspirent pas de leurs prédécesseurs cinématographiques mais composent des personnages entièrement nouveaux, moins emblématiques. La poésie de Prévert supporte assez bien l’étrillage, on craint l’artifice, pétard mouillé des transpositions rock, il n’en est rien, le rêve de Marcel Carné se leste de trivialité, de cuir et de refrains pop mais la magie opère toujours, différemment.

Très joli spectacle, à voir sans tarder. EEE.

Edouard.

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