Her2013PosterHer est l’histoire d’un type qui aime une application iPhone, c’est l’amour aseptisé à la page, la garantie d’une relation saine : la tendresse oui, la blennorragie non ! L’avenir est hygiénique, c’est le grand message de Spike Jonze, il en a fait un film avec Joaquim Phœnix.

Dans le futur, les hommes porteront les pantalons très haut, ils aimeront les couleurs vives et vivront dans des villes japonaises verticales et étincelantes, ils seront connectés à l’univers invisible par des OS ou systèmes d’exploitation. L’univers invisible est une vaste blague d’informaticien, c’est un grand trou rempli d’egos qui fait croire à ceux qui s’y jettent que le monde s’agrandit quand il se rapetisse au contraire à leurs proportions de rats musqués : réseau social mon cul, Facebook est un rectum où se déversent la bile et le caca de Narcisse, le graal des hipsters est un empire de poux. C’est bien d’exploitation qu’il s’agit, celle de l’homme par l’homme, et le même, c’est triste à pleurer, Jacques Ellul prophétisait le triomphe de la technologie, il avait bien raison, elle n’en finit pas de fleurir comme un chardon putride sur le terreau du narcissisme. La technologie n’est pas bonne ou mauvaise, elle est pire, elle n’a que faire de l’usage que l’on en fait : le biface du sapien déchire le cuir des buffle comme le scalp des ennemis, on voit bien que le biface n’est pas une question de morale. Le progrès non plus. L’homme peut beaucoup plus qu’il ne sait, la technologie en profite, elle prospère sous l’apparence du bienfait, glaciale fétidité faisant croire à la connexion universelle quand elle n’est que dégueulasserie du moi.

Dans Her, Joaquim Phoenix est un homme du futur, il est seul et connecté. Séparé de sa femme, il vit dans un appartement lumineux et minimal, la géométrie, l’ordre et l’hygiène règnent, c’est un effet du progrès, la simplification des lignes, la conceptualisation du réel, tout se résume à l’idée et cette idée est un octet. Nous sommes loin de la caverne de Platon. Peu satisfait par le commerce de ses contemporains, irrémédiablement libres de sortir des cases, il acquière un nouveau joujou blindé d’électroniques et se paramètre une amie moins volage. L’amie a la voix de Scarlett Johannson, autant dire un souffle coupé, sorte d’orgasme en suspension qui affole le mâle et le moins mâle, notre émasculé binoclard en tombe amoureux. Le spectateur honnête n’y croit pas une seconde, les niaiseries existentielles s’accumulent, miel des oreilles butiné par quelques dialoguistes facétieux et férus de mélodrame, Barbara Cartland revue et corrigée par Les Inrocks.

L’avenir de Spike Jonze n’est pas si grotesque, c’est après tout le rêve de Xavier Niel et des transhumanistes, un homme comme une moule, irrémédiablement égal, une lingette avec le sentiment comme une coulure de caramel, c’est doux, c’est tendre, c’est fragile. Mais aussi un esprit en forme d’engrenages, paradoxe colossal,  l’homme d’avenir est un bout de cœur mou dans une boîte en ferraille. Je m’emporte l’escarpolette, on dirait du Céline avec beaucoup de Taubira1 dedans.

Tout cela est bien long, ça se traîne, c’est remarquablement joué par Joaquim Phoenix mais c’est insipide et aussi révolutionnaire qu’une framboise dans une quiche aux lardons. En fait, on s’en fiche. E.

Edouard.

1 – Extrait de son dernier livre Paroles de liberté : « Là où la bêtise peut circuler même quand le mazout de la de la haine et de la vulgarité lui englue les ailes, des doigts bouffis par la lâcheté flasque de l’anonymat tapaient, dans la rage de leur insignifiance, des mots qui se voulaient méchants, blessants et meurtriers ». C’est beau comme du Francis Lalanne (mais ça donne mal au cœur).

3 Réponses à “Her – Spike Jonze – E” Subscribe

  1. Philomène 7 avril 2014 à 19:33 #

    Cher Edouard,

    Après notre sortie cinématographique, j’ai énormément repensé à ce film, et mon sentiment final est que je l’aimais bien « finalement ».
    Je trouve qu’il aborde le sujet des nouvelles technologies de manière intéressante, voir innovantes : l’asservissement n’est plus celui des films d’anticipation avec un « big brother » prêt à tout pour conquérir le monde, le monde extérieure semble avoir subi une vague japonisante forte tout en restant zen. sans oublier le traitement cinématographique de la solitude qui est assez remarquable, non ?

    Xoxo

    Philomène

  2. Edouard 8 avril 2014 à 10:16 #

    Hello Philo, oui, le film est certainement plus nuancé que ce que mon article laisse supposer… L’avenir décrit par Spike Jonze me semble effroyable, d’autant plus qu’on en devine les prémices dans le présent, le big brother n’est plus visible mais ça n’empêche pas l’homme d’être aliéné, d’ou l’expression confuse « c’est bien d’exploitation qu’il s’agit, de l’homme par l’homme, et le même… », la technologie n’est pas neutre, en transformant les hommes en monades totalement autonomes, elle ne les rend pas plus libres, elle juxtapose simplement les solitudes (comme elle a commencé à le faire aujourd’hui). Le film illustre assez bien ce propos, tous les personnages sont névrosés, vivent devant leurs écrans, se croisent sans se voir, n’expriment rien, il n’y a guère que l’ex-femme de Théodore (ironie glaçante de ce patronyme: « don de Dieu » qui me rappelle que Jacques Ellul décrivait dans l’un de ses ouvrages le transfert moderne du sacré vers la technologie), romancière évidemment, qui fait preuve de lucidité en traitant son ex de larve incapable d’exprimer « réellement » ses sentiments, c’est à dire dans le monde réel. Ce que je reproche au film, c’est son absence de point de vue morale, j’admets que la note attribuée sanctionne plutôt la vision du futur que les qualités artistiques du bouzin, difficile de filmer un type parlant dans le vide sans ennuyer profondément le spectateur, surtout avec un personnage aussi « bavard » et des dialogues aussi artificiels, les seules scènes qui réveillent sont celles qui mettent Théodore en présence d’autres humains :)

  3. Vianney 21 avril 2014 à 20:59 #

    « sorte d’orgasme en suspension » joli et bien vu ça. Mais sur le film, à mon avis, vous allez un peu vite en besogne.

    De quoi éventuellement moduler votre jugement http://www.revuezinzolin.com/2014/03/her/ (largement ce que j’ai lu de plus intelligent sur le sujet)

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