7_0 LAYALe mensonge est une faute grave, on le dit, on le répète, il ne faut pas mentir. Le mensonge mène à la mauvaise conscience et la mauvaise conscience entraîne les maux d’estomacs. Tout tient au ventre, les mouvements de l’épigastre rappellent aux inconscients qu’ils ont une âme indigeste, un petit mensonge la gonfle d’une humeur détestable, l’homme culpabilise, éprouve les affres du remords, l’intestin se rebiffe, ne reste plus que la contrition parfaite ou la psychanalyse pour réduire le nodule.

Fort heureusement, le mensonge est de moins en moins possible, sa pratique diminue car elle nécessite l’existence d’une vérité paradoxale et il n’y a plus de vérité. La vérité est devenue vieille fille dans l’empire technicien, on l’habille encore d’oripeaux dérisoires quand vient le temps des grands mots et des droits de l’homme mais le gros animal n’en finit pas de la violer dans son décor de chaises électriques, l’expression n’est pas de moi mais de Céline, elle désigne le paradis libéral, éden sur pilotis où l’expertise fait loi.

Le libéralisme né de la philosophie des lumières sur le charnier encore fumant des guerres de religion n’admet aucune vérité transcendante, rien dont le soutien puisse mener à la violence, il s’articule sur un axe apparemment neutre, la raison triomphante. A gauche, on en tire de faramineuses conclusions morales, humanisme à la plage, la moule est libre et égale, à droite, on préfère le versant pratique, la recherche de leur intérêt guide les hommes, les deux hélices s’enroulent autour du bien-aimé marché, c’est l’ADN de l’empire : colimaçon foutraque qu’il faut appeler progrès. Cette double pensée fut dénoncée par Orwell, elle préside désormais à l’avancement du monde. Le mariage pour tous et le sauvetage des banques européennes, même combat… Avec la bénédiction radioactive du merveilleux Marché.

Fort heureusement, l’homme ordinaire conserve une conscience peu sensible aux raisonnements scientifiques, les raisons du cœur sont inconnaissables, un film sur les écrans nous le rappelle. La rémission viendra peut-être des honnêtes gens, ils ont l’âme simple et tortillonnée de bon sens.

Layla n’est pas riche, elle est noire et mère célibataire en Afrique du Sud, pays gangrené de violence, le beau rêve d’une nation réconciliée s’étiole dans l’éther alourdi d’une sourde menace. Alors qu’elle se rend en voiture à son nouveau travail elle renverse un homme et le tue. Désemparée, elle dissimule le corps dans une déchetterie. Enquêtrice chargée de déceler les menteurs parmi les candidats à l’embauche, elle doit elle-même vivre avec le poids du mensonge pour protéger son fils et conserver son emploi.

Le scenario ne lésine par sur les artifices dramatiques (on ne dévoilera pas ici la coïncidence troublante qui alourdit encore le sentiment de culpabilité de Layla) mais il le fait avec un tel souci de réalisme et une absence d’effet mélodramatique si remarquable qu’on reste constamment intéressé par l’errance douloureuse de cette conscience, marquée par une faute indélébile, minée par une culpabilité d’autant plus térébrante qu’elle doit rester muette. La performance impavide de Rayna Campbell est impressionnante. Sans larme, sans qu’un trait de son visage ne se crispe, on devine au fond des yeux, à l’extrême limite de ses forces, la tension formidable qui la maintient debout. Mère courage ordinaire,  l’âme écartelée entre son amour maternel et la conviction de sa faute, Layla ne se berce pas de faux semblants, son mensonge la taraude.

Le film est réaliste, il donne à voir de petites gens pris dans une tourmente morale qui ferait ricaner un loup à Wall Street. Layla, un film sur la « common decency » chère à Orwell ? Pourquoi pas.

Exigeant pour le spectateur, peu de concession à son goût du mélodrame, mais rassurant car il montre des gens ordinaires qui savent que la culpabilité n’est pas ruse de l’inconscient ou fariboles de psychanalyste. EEe.

Edouard.

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