NoéL’eau est un élément liquide à température ambiante, quand l’ambiance se réchauffe, sur mars ou dans les étuves en bois clair du nord de l’Europe, l’eau s’évapore, elle se transforme en blanches fumerolles déposant sur les corps froids, généralement caucasiens, de fines gouttelettes décoratives. Au nord du monde, le climat réfrigère, il rafraîchit les ardeurs des plus enthousiastes, l’eau durcit, changeant de vastes étendues en dévaloirs miroitants pour les phoques à capuchon. On mesure à ces considérations de chimie élémentaire que l’eau réserve de bien curieux secrets, sous les apparences bénignes se cachent de terrifiantes propriétés, les initiés vous le diront : « L’eau est scientifique et moléculaire ».

L’eau est d’autant plus mystérieuse qu’elle n’a pas été créée par Darwin, elle est bien la seule avec le sweat à capuche et DSK, la Genèse dit : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Et la terre était informe et nue, et les ténèbres couvraient la face de l’abîme, et l’Esprit de Dieu était porté sur les eaux », on voit par là que l’eau est plurielle, qu’elle existait avant  le big-bang, la soupe primordiale, les protozoaires à poils longs et les orangs outangs. Les continents ne doivent leur existence qu’à la séparation des eaux, il en va de même pour toute la création, elle naît de l’incréé par assèchement, la mer se retire, les châteaux de sable s’élèvent, l’homme se dresse dans son plus simple appareil, la femme le suit, puis la moule. La dessiccation des substances garantit leur cohésion, les soupes lyophilisées rappellent aux oublieux qu’un peu d’eau sur un corps sec le fait fondre, diminuer et disparaître, c’est le yin du yang, l’effet compensateur permettant l’équilibre du monde : si l’eau créé en se retirant, elle détruit en arrosant. Il n’est qu’à voir la pluie tomber sur François Hollande le jour de son investiture pour mesurer l’intensité de sa force dissolvante, la dignité du président n’a pas survécu à l’aspersion.

Les propriétés émollientes de l’eau donne à réfléchir. Présente avant le commencement du temps, il est peu probable qu’elle disparaisse avant la fin de celui-ci, de là à lui prêter un rôle eschatologique il n’y a qu’un pas de cabri, une cabriole, que je franchis allégrement, c’est par l’eau que le monde disparaîtra. C’est déjà arrivé, cela se reproduira. Un film actuellement à l’affiche nous le rappelle. Noé de Darren Aronofski.

Le Noé du réalisateur américain est incarné par Russell Crowe, la virilité selon Hollywood et les Inrocks, un peu de graisse et beaucoup de poils. Descendant d’Abel et Sébastien, il doit construire une arche pour sauver les animaux du déluge, cette mission lui est confiée par Météo France, facétieux Anthony Hopkins, ses prévisions sibyllines ne sont pas sans évoquer Laurent Delahousse et le père Fouras. A l’aide de géants de pierre et d’une famille recomposée sortie des pages Psycho de Psychologie Magazine, double peine, Yannick Noé accomplit son devoir sans trop de mal. Il lutte contre les descendants de Caïn, fondateurs de ville et foutus pêcheurs devant l’éternel, pour leur interdire l’entrée du Concordia, cela donne l’occasion d’une scène de bataille spectaculaire, pyrotechnie justifiée par le budget pharaonique. A bord, Noé se demande si l’humanité vaut la peine qu’il se donne, c’est bien une question d’homme moderne1, la finesse psychologique habituelle de Darren peut s’exercer, c’est Cuir Center en milieu océanique, un divan, une oreille attentive, on attend plus que Freud-sur-mer, Docteur Who revenu de Black Swan et The Fountain. Noé finit tout nu et bourré sur une plage, Spring Break mythologique que la Bible ne mentionne pas, il faut bien laisser un peu de liberté aux scénaristes.

L’histoire s’inspire vaguement de la Genèse, il faut reconnaître au réalisateur une bonne dose d’inconscience et de courage pour adapter à l’écran un récit de dix lignes que sa nature elliptique prédisposait à toutes les trahisons, acclimatations d’un épisode biblique au ciel du jour, Darren Aronofsky s’y prend mal, use de son mauvais goût coutumier, silhouettes noires sur nuit orange et bleue, n’oublie pas de réussir quelques scènes, c’est après tout un bon montreur d’images mais l’ensemble est grossier et globalement ridicule. On s’ennuie en attendant le déluge. E.

On lira avec plus de profit Sans feu ni lieu de Jacques Ellul, histoire des Villes depuis Caïn et sa postérité, bâtisseurs de villes maudites (Babylone, Babel, Ninive), jusqu’à la Cité sainte, Jérusalem. C’est aussi inspiré de la Bible, on y parle également du déluge, de Noé, c’est moins accessible et cela demande plus de temps mais on en tire un enseignement plus roboratif. Ne mégotons pas nos ambitions intellectuelles.

Edouard.

Autres films de Darren Aronofsky sur ce blog:

The Wrestler – EEE

Black Swan – EEE

Une réponse à “Noé – Darren Aronofsky – E” Subscribe

  1. Juan-Peter Sedona 6 septembre 2016 à 13:09 #

    Alors oui je partage bien sûr votre avis sur ce brouet infâme qu’est ce « Noé » à se noyer dans un déluge de larmes. Cependant il me semble bien que le récit biblique mentionne que Noé découvre le vin, s’enivre et fin saoul s’endort nu à même la paillasse. C’est alors que l’un de ces fils, Cham, se moque et sera maudit ainsi que sa descendance (la malédiction de Cham). Celle-ci a d’ailleurs prêté à une interprétation pour le moins insupportable, puisqu’elle justifiait le calvaire de l’homme noir à travers les siècles…

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