magicinthemoonlightLe dernier Woody Allen est une jolie carte postale habitée par de jolies personnes, la lumière rase les silhouettes, flotte autour de l’ombre fluctuante des grands pins, embrase les clapotis, nous sommes au bord  de la mer, à quelques encablures de Nice, il fait doux et c’est le soir.

Les derniers films de l’octogénaire new-yorkais ont l’amabilité des très vieilles dames revenues des grands cimetières sous la lune, ils se laissent voir avec cette heureuse indifférence de l’issue si agréable le dimanche soir ou le jeudi en fin d’après-midi, à ces moments où les enjeux métaphysiques de l’existence, la mort, la choucroute et le pouvoir d’achat laissent nos pensées oisives et sans objet. Woody, vieille demoiselle spirituelle qui s’en fout, avec ses petites perles et son goût des sucreries peu roboratives mais délicieuses, concocte dans Magic in the Moonlight une historiette malicieuse mettant aux prises une toute jeune fille fantaisiste et un magicien déjà mûr, la première est medium, le second nietzschéen, les deux ne portent pas de moustache. Engagé par un ami pour démontrer la rouerie de l’intrigante, le magicien finit par s’attendrir, son scepticisme s’amollit devant les intuitions stupéfiantes de la télépathe. Il doute, le cynisme désabusé fait place à l’espérance du sens, Nietzche s’érode, les rois mages ne sont pas loin. Et si l’homme passait finalement l’homme?

La question est grave, elle prolonge d’un plomb trop lourd le fil léger de l’intrigue, Woody n’aime pas les idées, il préfère le pétillement des intelligences, écume spirituelle laissant une impression d’âme sans amertume, les abysses métaphysiques ne font pas de bons divertissements, Pascal le laisse froid et s’il répond finalement par la négative : l’homme n’est qu’un homme, il s’arrange pour suggérer une autre formule, en forme de pirouette scénaristique, galante et très convenable: la femme passe l’homme et la femme est amour. On sort de l’exercice peu convaincu mais charmé par le romantisme sénescent du compère, la vieillesse rutilante de Woody réserve d’habiles facéties.

Les dialogues sont brillants, enlevés par de talentueux interprètes, Colin Firth, caustique et drôle sans amabilité, remplit son office avec l’expérience d’un vieux routard rompu aux compositions rectifiées au parapluie1, Emma Stone émerveille, ses yeux globuleux et charmants, sa juvénilité gracieuse,  son air mutin, elle emporterait la conviction du plus obtus des rationalistes. Le rationaliste est obtus, on peut ainsi le distinguer de l’agnostique, qui est orthogonal. Voire perpendiculaire. La lumière est parfaite, flavescente, elle enrobe chaque scène d’un halo d’irréalité qui exauce la beauté d’Emma Stone et celle de la nature, l’action se passe dans le midi de la France, contrée merveilleuse quand elle est regardée par un américain de New-York.

On ne s’ennuie pas, on sourit souvent, la soirée passe sans stupeur et sans drame, un dimanche soir agréable, pas un chef d’œuvre, ni une œuvre majeure de Woody mais un divertissement subtil et sans afféterie. Recommandable. EEe.

Edouard.

1 – généralement anglais

Autres films de Woody Allen dans ce blog (cliquez sur le titre) :

Blue Jasmine

Vicky Cristina Barcelona

Autre film avec Emma Stone dans ce blog:

Spiderman (et oui)

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