interstellarLe dernier film de Christopher Nolan transporte le spectateur dans un trou  noir, l’expérience n’est guère originale, les heureux lecteurs de Valérie Trierweiler vous le diront, un trou noir est chose assez commune au doux pays de France, vacuité rondouillarde dont la roublardise atone attire le suffrage universel, son inconsistance dévidée par le manque de conviction et l’absence d’idée absorbe toutes les opinions, les confondant finalement par la force émolliente de sa gravité en une pensée du rien, bouillon terminal où les paramécies débiles annoncent l’homme moderne : moule victorieuse.

Le trou noir de Nolan est dans l’espace, il ne porte pas de lunette et son intimité réserve une intelligence surprenante, cela fait toute la différence et l’intérêt du long-métrage. Autour de sa masse la nuit intersidérale étend son empire, pointillée d’étoiles, labourée par d’obscures comètes au nom latin, elle est traversée par de petites caravelles humaines à la recherche d’une terre d’accueil. A bord, de brillants acteurs américains, l’humanité sera sauvée par Hollywood.  

Le film débute sur terre, dans un avenir proche qui ressemble à un passé lointain, rien ne compte que la subsistance, le chasseur-cueilleur est la nouvelle noblesse de ce temps épuisé qui voit la nature autrefois nourricière devenue indocile, les tempêtes se succèdent, la poussière envahit tout, étouffe les cultures, asphyxie les hommes que cette fatalité tellurique conduit à l’extinction. Cooper est un ancien ingénieur passé des engins spatiaux aux moissonneuses-batteuses, sa femme est morte, ne lui restent que deux enfants, un garçon et une fille, le premier s’est adapté, la seconde cherche des fantômes en griffonnant d’étranges cabales sur un carnet à spirales. Elle finira par dégotter sa chimère derrière une bibliothèque, l’esprit farceur transmet les coordonnées d’un centre spatial. Ne vous étonnez pas, la fin justifie les moyens, il fallait bien propulser Cooper au plus haut des cieux, on l’y envoie explorer de lointaines galaxies soudainement accessibles: les hommes cherchent une planète hospitalière.

L’auscultation du grand voile intersidéral entraîne des maux de tête, la relativité complique les biologies déjà très éprouvées, Cooper s’arrache un poil et la terre vieillit de trente ans. L’exploration ne donne rien, une dernière planète reste à arpenter, Cooper se jette dans un trou noir pour permettre à sa coéquipière de s’y rendre. Le film se termine en métaphysique pour les nuls, le trou noir était une échappée donnant accès au royaume céleste, rubicube sans dimension où le temps et l’espace s’acoquinent pour accoucher d’une patatoïde, Cooper retrouve sa fille adolescente derrière une bibliothèque, c’était lui la chimère, l’ectoplasme branleur ; il lui révèle les secrets de la gravité, la fille devenue astrophysicienne sauvera le genre humain en l’arrachant de sa terre natale pour le confier à des stations orbitales en forme de suppositoires géants. Le tout manigancé par les hommes du futur, changés en Dieux par l’algèbre et la géométrie.

Christopher Nolan ne manque pas d’ambition, son film est somptueux, il divertit, émeut, délivre un message d’une ingénuité rafraîchissante, l’amour peut tout, l’amour endure tout, l’amour ne passera jamais, Saint Paul à la mode ricaine, première épître du cosmonaute aux terriens en détresse. Que cet amour soit filial, celui d’un père pour sa fille, emplit mon cœur d’une tendre vanité, primipare de récente facture, je comprends enfin qu’il n’est guère de sentiment plus puissant que celui qui vous unit à votre progéniture. L’ambition de Christopher Nolan reste néanmoins confinée à l’intelligible, au raisonnable, Nolan n’est pas Malick, sa métaphysique n’est pas celle d’un mystique ou d’un illuminé, elle est d’un scientifique, ce qu’il y au-delà de la physique reste mesurable selon une échelle certes différente, car compliquée d’une dimension supplémentaire, mais compréhensible à l’esprit cartésien. C’était également la faiblesse d’Inception, le besoin d’explication scientifique, signe infaillible de l’infantilisme contemporain, le pourquoi des loupiots ne trouve désormais de résonnance valable que dans le domaine de l’expertise et de la science. Il n’est plus de vérité transcendante, absolvant toutes tentatives d’explication du monde, ne reste que l’octet pour mesurer l’infini. Et Christopher Nolan pour tenir les comptes.

Très beau film, spectaculaire. EEE.

Edouard.

Voir Inception – EEEE dans ce blog.

Autre film dans l’espace, voir Gravity – EEE dans ce blog.

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