divisaderoEn plus de faire partie de ceux dont la prononciation du patronyme demande un temps de réflexion, Michael Ondaatje (prononcez « Ondaatje ») est né au Sri Lanka en 1943. Ce qui n’explique pas qu’il soit devenu écrivain mais éclaire d’une lumière particulière sa décision de devenir canadien, tant il est vrai que la plupart des chemins mènent à Toronto et surtout ceux qui passent par Colombo. J’en veux pour preuve l’immense succès de la série télévisée, avec un u et Peter Falk, au Québec. D’ailleurs Robert Charlebois, ce chanteur à la gouaille fine et à l’accent épais, ne disait-il pas que Sri Lanka alors gros Navion ? Mais peut-être était-ce Céline Dion, les femmes à cordes ont l’art de les faire vibrer afin de se faire entendre par le plus petit cueilleur de l’île de Ceylan. Où la majorité des cueilleurs sont en réalité des cueilleuses de taille moyenne, à l’exception de celles qui travaillent debout à plus de 1300 mètres d’altitude. Il serait toutefois étonnant que le petit Michael en ait rencontré puisqu’on le dit très porté sur le café. Bref, Michael est hétérosexuel.

En tant que Canadien dry, Michael a publié de nombreux ouvrages très avant-gardistes et un bestseller plus académique récompensé par le Booker Prize en 1992 : L’homme flambé. Sans rhum ni cannelle, ce livre fut rapidement réédité comme Le patient anglais, prouvant ainsi qu’il faut manger pour vivre et non l’inverse. En tant que sri-lankais, il n’a rien publié qui soit digne d’intérêt. Peut-être une brève annotation dans le panini des joueurs de cricket. Mais est-ce bien judicieux de le signaler alors que rien n’est moins sûr ? Et peut-on être poète et collectionneur ?  Il me semble que l’âme dilettante du premier n’est pas compatible avec le caractère obsessionnel du second. Ce n’est pas Michael qui me contredirait alors que son 5ième roman compte 309 pages, soit presque exactement la moitié moins que le premier opus de Cinquante nuances de Grey. Ce qui ne signifie pas nécessairement que vous le lirez plus vite ou que vous y prendrez moins plaisir. En revanche vous ne verrez probablement jamais Kristen Stewart dans le rôle de Claire ou d’Anna, deux des trois protagonistes de cette fresque romanesque qui couvre plusieurs dizaine d’années, depuis la Californie jusqu’à la Gascogne. Le troisième protagoniste s’appelle Cooper, c’est un homme (on le subodore fortement malgré l’absence d’indication précise sur le sujet du genre). Ces trois personnages ont en commun une éducation poussiéreuse, un tuteur violent et une mèche rebelle. On pense immédiatement que la cruelle séparation qu’ils subissent en début de roman, et qu’ils devront ensuite endurer chacun à leur façon, prendra fin tôt ou tard…Que nenni ! J’en suis à la page 271, toujours rien. Et l’aspect de la page 272, avec tous ses alinéas, ne me dit rien qui vaille. Il faut se rendre à l’évidence, Michael a le don de faire durer des situations plus que de raison. Avec style parfois mais sans talc souvent.

Pas plus tard qu’à l’instant, mon chat vient de me murmiauler que le temps long de l’auteur est son talon d’Achille. Sincérité louable alors que je n’ai pas encore terminé cette critique et que je n’ai pu me résoudre à lui imposer la lecture de cette œuvre dont la dernière phrase exprime pourtant le caractère ornithologique « Dans l’obscurité naissante, des oiseaux volent le plus près possible de leurs reflets ». J’imagine très bien ces Narcisse ailés, heureux d’en finir avec une histoire qu’ils ont pourtant survolé, rentrés chez eux soulagés d’avoir évité l’humiliation d’une chute rigolote. Ils ne se doutent pas qu’ils ont été les seuls à détenir les clés de compréhension d’une histoire éparpillée, dispersée comme le puzzle d’un Soulages la nuit. La môme avait raison, ce n’est pas parce qu’on a un crâne de piaf qu’on a la rouge gorge. SS.

Sentenza.

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