kingsmanL’espion anglais tient du lévrier afghan, la croupe est haute, le port altier, l’œil preste, on ne l’imagine guère batifoler autour d’une écuelle, la gueule épanouie et les roupettes à l’air. De l’auguste canidé l’agent secret tire la tenue stricte, la pelure s’ajuste à la dimension des organes, le tartan s’enroule mollement aux épaules, le couvre-chef barde le tout d’un prestige indescriptible. Avec cela une allure folle, une distinction étonnante que relève l’ironie amusée du regard, un chien de race, un Canigou d’élégance et d’humour. Au cinéma Matthew Vaughn lui rend hommage avec Kingsman, film d’un genre barré et d’ambition intellectuelle nulle, on appelle ça une fantaisie.

Colin Firth interprète le barzoï aligoté, il est excellent, 1m90 de flegme, on le prendrait pour un anglais. Il recrute un disciple d’une trempe moins pondérée, l’élève porte une casquette et des souliers de sport, à ce détail on mesure la profondeur qui les sépare. Entre le tourteau et la glume se noue une relation amicale, le plus âgé fait entrer le simplet dans un cercle réunissant autour d’une table rectangulaire des chevaliers de table ronde, c’est cocasse. Cette géométrie peu clidienne constitue l’élite des agents secrets de sa majesté, ils se reconnaissent aux lunettes de cinémascope et au costume croisé trois boutons, un badge d’identification eut été plus simple.

Un milliardaire exécrable contrarie bientôt les projets d’amour et de paix du grand capital, il zozote, il est noir, il n’aime pas la violence, son compte est bon. Eût-il été pauvre que le zèle de quelques argousins américains aurait suffi, riche, des gentilshommes en rouflaquette s’avèrent indispensables. Samuel L Jackson prête son odontologie foutraque au personnage, il est secondé par une amazone feu-au-plancher, elle n’a pas de pieds mais des lames en acier inoxydable, pratiques pour découper les importuns. Les deux zozos s’attaquent au problème crucial de la surpopulation, la démographie galope, les bouches à nourrir prospèrent, la place se fait rare, ne parlons pas de la Creuse ou du Cantal, le poumon vert français s’épuise à faire respirer la multitude, la solution est simple : retourner à l’état de nature. Pas au sens du bon Jean-Jacques ; l’homme est une truffe entourée d’un pagne, mais au sens libéral ; l’homme est un loup pour l’homme. Ainsi réconcilié avec sa nature zoologique, l’homme s’éliminera de lui-même, les plus forts survivront quelques temps avant de s’entre-dévorer. La perspective est peu réjouissante mais le prétexte est bonhomme, empêcher la consommation d’énergie, refroidir la planète, sauver les grands singes et le Cantal.

Le tandem infernal tente de parvenir à ses fins à l’aide de téléphones portables inhibiteurs, le milliardaire dirige un empire des télécommunications. On voit par-là que le bougre n’a rien compris à la Technique, son développement n’est pas finaliste mais causal, la Technique n’a pas d’autre fin que son propre dépassement, on ne peut en faire l’instrument d’un plan machiavélique pour sauver les grands arbres, Xavier Niel l’a bien compris, Steve Jobs aussi, le projet des nababs n’est pas humaniste ou écologiste, il est transhumaniste (voir La théorie de l’information de Bellanger), la technicisation de l’humain est en marche, restons groupés, soyons de petites vieilles à chatons, refusons le progrès qui hérisse le poil. Dans Kingsman, cette leçon élémentaire est assénée aux vilains par des aristocrates anglais. Donc monarchistes. God save the Couenne.

Le film de Matthew Vaughn délasse, c’est coloré, dynamique, cela vous flatte les bas instincts et l’endocrinologie, on en ressort étourdi et content. Pastiche de films d’espionnage des années sans iPhone, Kingsman ne lésine pas, le sang gicle, les clichés s’entassent, les acteurs cabotinent, reste Colin Firth, imperturbable, ne lui dites pas que son film est une parodie. Rigolo. EEe.

Edouard.

A lire dans ce blog:

La théorie de l’information – Aurélien Bellanger

Théologie et Technique – Jacques Ellul

Kick Ass – Matthew Vaughn – EEEE

De l’émotion au cinéma ou l’intérêt d’aller voir Kick Ass

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