tibetLe soleil brille, les oiseaux chantent, on apprend dans les journaux que la France est une cruche dont le destin fracassant terrorise le premier ministre, la télévision diffuse des images d’homme et de femmes nus sur du sable jaune, le président Hollande condamne la méchanceté et les fumées noires, les hélicoptères se télescopent dans un ciel de traîne et tout va bien.

Le printemps arrive, il gonfle d’essence oléagineuse le cœur des arbres, la conscience des adolescents se constelle de désirs coupables, dans la rue Vercingétorix les passants adressent à la vitrine du pharmacien un sourire de connivence, le printemps est là. Il donne des envies de voyages. Des envies d’ailleurs, de paysages déjà verts, de ciel bluté par le vent du sud, de cimes onduleuses sur l’immensité azuréenne, l’âme s’exalte aux confins de l’hiver, elle voudrait s’échapper des raideur de l’intimité pour atteindre l’espace, le cosmos, l’heureuse félicité des horizons vides, des lieux déserts, des steppes infinies. Rien ne vaut la littérature pour combler l’espérance des hauteurs, la littérature ou TF1.

Hier soir alors que je tentais de gagner l’état de conscience d’une amibe en regardant le journal télévisé, bienheureuse atonie intellectuelle dont ressort la saine indifférence des choses qui passent, l’image de Manuel Valls s’adressant au monde ramena mes velléités à des proportions plus réalistes. Il est des hommes politiques que l’impéritie du style conduit à la caricature, Manuel Valls, Christiane Taubira : parole politique gangréneuse, syntaxe sanieuse résultant de l’adultération du discours politique par l’impératif moral. Le lyrisme républicain a parfois de ces ronflements si taraudant qu’il désespère les mansuétudes des plus candides, faut-il donc que le personnel politique s’imagine les électeurs en cloportes protégés de la moindre réflexion par la chitine d’une bêtise crasse pour armer leur péroraison de sublimités aussi grossières ? Le verbe tumescent dissimule l’idée étique, déploiement d’une pompe considérable pour habiller le vilain désir de reconnaissance, c’est le mal des démocraties trop vieilles, cacochyme, trop éprouvée par l’obligation du consensus, de la compromission idéologique, la déblatération continue du même sirop de convenance a définitivement sapé la crédibilité des élus.

L’agiotage grandiose des élites à destination des élites ne recouvre que l’absence des convictions personnelles, on s’acharne à gonfler une baudruche gigantesque qu’aucun souffle ne pourra rendre plus colossale, ni plus aveuglante, l’aérophagie des belles idées n’en finit plus d’asphyxier le réel et le petit monde des gens bons se gausse du peuple puant et mauvais voteur. Les fesses à l’air, écartées cérémonieusement par le grand bobardier, nos énarques vertueux arrosent la populace d’effluves fatales, tout pue, empeste, décourage, surtout les électeurs du Front National ou les lecteurs d’Eric Zemmour, de fieffés miséreux qui n’ont pas la discrétion de leurs revenus, salauds de pauvres. Et cons. Et dangereux. Pour ne rien arranger.

Le discours politique n’est plus un discours d’action, il est une déclaration d’intention sans juste mesure, entre la ratiocination d’expert et la componction d’une cléricature imbue de généralités lénifiantes, il n’est guère de mire pour toucher le réel. Reste Bruxelles et le marché, corollaire monstrueux de l’ère technicienne, le pouvoir réel est exercé par des robots. Il n’est qu’à lire le dernier opus de Maffesoli consacré aux Nouveaux bien pensants, le chapitre sur les énarques est en cela révélateur, pour bien comprendre le décalage qui se crée entre une élite constituée d’hyper-experts, d’une vieille garde sermonneuse d’un côté, et le peuple ordinaire et généralement indocile aux injonctions médiatiques de l’autre.

En 1945 Julien Gracq dénonçait dans un pamphlet resté fameux l’injection d’une métaphysique de la chaire en littérature, dénaturation du littéraire qui entraînait les précipités les moins digestes, il citait Simone de Beauvoir et la bonne presse d’extrême gauche. Aujourd’hui il en va de même pour le discours politique, alors qu’aucune circonstance historique ne le justifie l’infiltration d’une morale nécessairement arbitraire et opportuniste dans la parole des élus conduit à l’affaiblissement du politique, la corruption du politique (qui est action) par le non-politique entraîne impuissance et passivité, en tous les cas soumission au pouvoir des grands robots : Bruxelles et le marché. Manuel Valls déguise l’asthénie de son gouvernement sous les oripeaux grandioses d’une vertu prétendument républicaine, il n’est pas le seul à dissimuler sa débilité de cette manière, gauche, droite, extrêmes, nul n’y échappe, c’est le grand concours des capucinades.

Reste la littérature. Toujours. Voici de quoi s’évader :

1. Le Tibet sans peine – Pierre Jourde – EEE

Randonnées pédestres au Tibet, réjouissant, superbement écrit, Pierre Jourde reste l’un de nos meilleurs écrivains contemporains.

2. Le chantier – Mo Yan – EEe

Par un prix Nobel de littérature, la vie d’un chantier en Chine au temps du Grand Timonier, exotique.

3. Isabelle – André Gide – EEe

Petit roman ou grande nouvelle, un jeune homme tombe amoureux d’un camée, la vraie jeune femme s’avèrera décevante.

4. Une femme à sa fenêtre – Pierre Drieu La Rochelle – EEE

Peut-on aimer un communiste quand on est une bourgeoise ? Magnifique.

5. Ragemoor – Strand/Richard – EE

Une BD horrifique efficace. Ambiance gothique garantie.

6. Anthologie de l’humour noir – André Breton – EE

Quelques perles et des inconnus.

7. Les vieux fourneaux (T1 et T2) – Lupano/Paul – EE

Une BD assez drôle mais pervertie par le politiquement correct.

8. Un beau ténébreux – Julien Gracq – EEe

Un couple prépare son suicide dans une station balnéaire. Etrange.

9. L’âme de Napoléon – Léon Bloy – Ee

Léon Bloy fait de Napoléon le dernier prophète. Délirant mais le style emporte tout.

10. Les Immémoriaux – Victor Segalen – EE

Exotique, les traditions maories nivelées par les modernes, pas toujours facile à lire.

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