gpdbpL’été approche, le soleil brille, la chaleur tourne, l’homme transpire et dégoutte. La femme sue, l’enfant ruisselle, le comptable rouspète, l’humanité entière perd son eau, la dessiccation des corps entraîne l’assoupissement des sens, l’amour réclame son onde claire ou son doigt de whisky-coca, phénomène bien connu des discothèques périphériques, l’affection croît avec le taux d’hygrométrie. La touffeur de l’air autorise les débraillés minuscules, la cuisse se dévoile, un éclair rose sous une mousseline légère, un peu de fesse, un peu de poil, la chair s’exhibe en terrasse, elle n’est pas à vendre, point de petits panneaux comme dans les fromages sur les étals. Les parisiens parisianisent en lunettes, ils installent de grandes nappes blanches dans les parcs, offrent les replis de leur viande aux tiques carnassières, elles s’infiltrent sous les coutures, trouvent une encoignure tendre et humide et plantent leurs mandibules, le jour suivant les voit grosses comme une graine de courge, elles sont ivres de sang et de bonheur. Le destin de la tique est grandiose, elle finit par éclater de joie dans une pince à épiler.

Les températures entraînent les vacances, sur l’autoroute dévale un flot métallisé de voitures où surnage la tête hurlante d’un bambin, le torrent s’écrase contre la sortie 7, il s’en réchappe 2 caravanes, 3 camions et une motocyclette. L’homme en vacances est un thon rouge du canada, il remonte les fleuves d’asphalte, sa progéniture au cul et dans l’œil rond l’appel de l’océan. Il finit généralement au bord du large sur un étroit rectangle de tissu pelucheux. Avec parfois un livre et des mots croisés pour occuper la sieste. Sa compagne étale une pommade sur ses chairs molles. Ravissement. Bonheur.

Certains étés de canicule, le soleil décoche de si brûlants rayons qu’il carbonise l’entendement, on voit alors de solennelles matrones se dépoitrailler, d’augustes receveur des impôts enlever leurs chaussettes, d’impétueuses femmes politiques faire preuve d’humilité. Il ne fait jamais assez torride pour Najat Vallaud et Christiane Taubira, Machiavel en résilles, elles savent bien que « gouverner, c’est faire croire », d’abord en ses compétences, ensuite dans ses lois. C’est la dure nécessité des hommelettes de pouvoir.

On apprend dans les journaux que l’humidité de l’air renforce l’impression de chaleur, qu’une température ordinaire devient infernale sous les effets conjugués de l’hygrométrie et de la sudation, un homme qui sue dans une jungle a moins froid qu’un homme sec dans un réfrigérateur, on remercie les journalistes d’avoir ainsi édifié le bon peuple, il eut été malheureux que le péquin ne sache pas reconnaître une canicule quand il en voit une, elle est chaude, humide et jaune. Un gros poussin. Cette atmosphère de volaillère est propice aux débordements, elle porte les caractères violents à l’incandescence, pourvu que ces derniers agrémentent une bêtise crasse et c’est le drame, un fou d’Allah décapite, un autre fusille, un troisième lapide, une bêtise crasse ou une religion monstrueuse. L’islam terrorise, je n’amalgame pas, je simplifie. Moins que certains qui voient dans l’islam un concentré peu ragoutant de religions, nécessairement aliénantes, toutes se valent, elles sont l’opium du peuple : bienvenue en ringardise, la pensée moisit, comme le reste.

Après ces mots d’une insupportable légèreté, sachons reconnaître nos torts et revenons au sel de ce blog, la littérature à l’estomac, son carrousel de couvertures piquetées de rouille, Gracq, Barrès et Bernanos, j’en passe et de moins bons, ses pages honteuses arrachées des livres qu’on lit en catimini sur un banc de gare, ses auteurs relaxés ou prisonniers des hauteurs du style, lisons pour se rafraîchir la conscience. Les bons ouvrages, ceux dont la panse réserve quelques pages ravigotantes, se feuillètent juste en dessous du nez, par un léger desserrement du pouce préhenseur, aussi efficace qu’un ventilateur, et moins coûteux. Le feuilletage laisse échapper une rumeur d’océan, une vase de bibliothèque qui remplit les narines et déclenche les souvenirs, odeur de papier vieilli, de poussières longtemps retenues, de textes confinés, le parfum d’une mémoire conservée dans l’encre des mots. C’est le vent de la littérature, il décoiffe ce qui est coiffé, renverse les conformismes, fait croire en l’avenir de la Grèce hors de l’Europe.

En des temps moins démocratiques, Europe fut enlevée par un taureau et déposée en Grèce. La Grèce n’en veut plus, il se trouvera bien quelques moutons pour l’emporter loin d’Athènes et du Parthénon, Bruxelles ferait un bon refuge. Tous les petits moutons au carré dans leurs stabulations. Tous les petits moutons d’aplomb dans leurs cases, leurs statistiques et leurs rapports d’économie. Trêve de propos subversifs, lisons.

1. 1502 – Michael Ennis – EE

Machiavel et Leonard de Vinci à la poursuite d’un serial killer, ce sont les experts de Rome. Un peu d’histoire et beaucoup d’anachronismes pour ce thriller Renaissance.

2. Maddadam – Margaret Atwood – EEe

Roman d’anticipation, le troisième d’une trilogie. Dans un monde dépeuplé par une épidémie, un groupe d’homme tente de survivre, entre cochons gigantesques, barbares sans cœur et nouvelle humanité écolo-gnian-gnian.

3. Un destin d’exception – Richard Yates – EEE

Le destin d’un jeune américain trop attaché à sa maman et déniaisé par la guerre, la seconde.

4. Mr Gwyn – Alessandro Baricco – EE

Un écrivain décide de ne plus écrire. Du coup il s’ennuie. Il décide alors de faire des portraits d’anonymes. Et recommence à écrire. 200 pages.

5. Les revenants – Laura Kasischke – EEE

« Campus novel », un genre à part entière aux Etats-Unis, très réussi. Une ambiance fantastique et mélancolique. Rappelle sans dépasser Le Maître des illusions de Dona Tartt.

6. Le mystère Frontenac – François Mauriac – EEE

Une veuve et ses enfants, les enfants ne tournent pas forcément comme on le voudrait. Très beau.

7. La première pierre – Pierre Jourde – EEe

Pierre Jourde revient sur le théâtre du drame qui l’avait vu attaqué, lui et sa famille, par les habitants du hameau dont il avait fait le centre de son livre Pays perdu.

8. Le palais de l’Ogre – Roger Nimier – EE

Modeste opuscule consacré au château de Versailles, par Roger Nimier.

9. Mailman – J. Robert Lennon – EE

Errance d’un facteur dérangé. Et américain. Un peu fastidieux mais assez drôle.

10. La Grande Peur des bien-pensants – Bernanos – EEE

Premier pamphlet de Bernanos pour une mission impossible, réhabiliter Edouard Drumont, auteur de la France juive. Un style incomparable. Le reste a un peu vieilli (c’est ce que l’on dit d’une Histoire ancienne, de plus de 20 ans). Mais quelles phrases!

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