limLa Isla minima, ou la plus petite île, est un film espagnol, c’est donc un film où l’on voit des hommes transpirer sous un soleil de plomb. C’est également un film métaphysique, son titre suggère que l’homme est une île, une petite île déserte percée de secrets inavouables et de cocotiers franquistes, l’action se passe juste après la chute du régime, chacun se reluque les cocos, examine sa conscience, tous n’ont pas été d’irréprochables Robinsons. C’est le cas d’un des deux policiers qui enquêtent sur le meurtre pervers d’adolescentes dans une province squameuse du sud de l’Espagne. Son passé le tourmente, sa prostate aussi, la métaphore est douteuse, les espagnols ne s’embarrassent pas de finasseries poétiques, c’est un peuple fier, ombrageux et viril : ils parlent avec les mains et mangent de la friture.

La vie est rude à la campagne, les filles s’entichent de mauvais garçons, perdent leur virginité dans les chemins creux et finissent au fond d’un marécage, dans un eau stagnante et les fesses à l’air. On regrette le temps de sainte Thérèse d’Avila, les petites filles de province rêvaient à l’infini en contemplant le paysage, immensité fabuleuse de l’Andalousie qui submerge et engloutit, « l’âme comme une île déserte entourée de Dieu de tous côtés »1 elles finissaient dans un cloître, saintes, irréprochables et sereines. Le film est beau, il ne lésine pas sur les plans aériens des plaines du Guadalquivir, répétitifs et somptueux, on ne s’étonne guère que des perspectives aussi sublimement angoissantes aient donné naissance aux plus grands mystiques de l’histoire, Thérèse, Jean, déchirés par la suave douleur, sentiment océanique qui exalte et étouffe. En 1980, il n’est plus guère d’Inquisition pour contenir la fleur des petites filles, elles la vendent vite, encore en bourgeon, dans de sordides bacchanales où elles perdent un peu plus que leur innocence. L’intrigue est sommaire, ces sordides bacchanales attirent parfois de vilains messieurs au profil cinématographique, serial killer et mystérieux. Le film perd là une occasion d’étonner, on aurait préféré que le scénariste utilise l’arrière-plan politique et social pour broder une histoire édifiante, aux enjeux autrement plus intéressants qu’une enquête des experts Miami. Le réalisateur se rattrape avec les paysages, l’atmosphère et la psychologie, trinité sainte du film d’auteur. « Si tu n’as pas de bonne histoire, soigne les décors, l’ambiance et les personnages ». Avec une bonne histoire et un peu plus de temps, on obtient True Detective.

Les comédiens sont moustachus et excellents. Les filles sont un peu trop jolies pour être réalistes, elles ont l’air de fines bourgeoises blanchies à la chaux des villes plutôt que d’honnêtes paysannes. Cette réflexion est improvisée, il m’eût semblé plus vraisemblable que le climat du sud de l’Espagne favorisât davantage Sancho Pança que Don Quichotte. Trente lignes pour placer un imparfait du subjonctif, je ne m’améliore pas. Recommandable. EEE.

Edouard.

1 – Marie Noël, voir article dans ce blog

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