The Honourable WomanDans The honourable woman, une femme d’ascendance louche veut sauver le monde en général et le proche orient en particulier, mission délicate qui exige une grande prudence et l’habitude des entourloupes diplomatiques.

Nessa Stein est la fille d’un marchand d’armes juif qui a fourni aux israéliens les moyens de leur défense, c’est également une baronne britannique aux cheveux courts, cela prouve une volonté de fer. Bien décidée à instaurer la paix, elle finance le câblage de la Cisjordanie au réseau mondial des télécommunications, il est bien entendu que l’information est un besoin vital, le téléphone rose, Internet, Le Figaro. Elle prend également soin de vérifier l’impartialité des universités israéliennes qu’elle soutient, l’origine des candidats ne doit pas être un critère de sélection. On voit par-là que la baronne est idéaliste. Son passé ne manque pas de zones troubles, son père a été assassiné sous ses yeux, elle a été enlevée par des terroristes puis libérée dans des conditions mystérieuses, elle entretient de douteuses relations avec la gouvernante de ses neveux, n’en jetez plus, la baronne est bonne pour une analyse sévère, huit ans de canapé ne suffiraient pas à en faire une femme sereine, ou simplement équilibrée. D’ailleurs elle dort dans un bunker.

Le début de la série montre Nessa Stein prête à lancer la troisième phase de son plan de câblage, l’industriel arabe qu’elle a choisi pour réaliser les opérations meurt dans d’obscures circonstances, on enlève peu après le fils de la gouvernante, le MI6 s’agite, le Hamas frétille, le Mossad se tait, ne manque plus que le FBI, il apparaît bientôt. Se joue alors une partie d’échecs à trois bandes dont la subtilité des coups échappe d’autant plus qu’on ne connaît pas l’identité des joueurs, le spectateur se doute qu’une baleine attend sagement qu’on l’écrabouille sous son gravillon, le cétacé est idiot, il s’imagine de la taille d’une anguille quand son secret éclate aux yeux des plus aveugles. Nul n’est ce qu’il prétend être, nul n’agit pour des raisons évidentes, l’ours n’attrape pas la truite au vol, il s’assied sur la berge, étend une nappe à carreaux, et commande son dîner au trappeur dissimulé dans les broussailles. En disant s’il vous plaît. La métaphore serait confuse si je n’ajoutais pas que les trois protagonistes de la fable n’agissent que par l’entremise de fils invisibles commandant leurs gestes. Nessa est le thon bondissant, l’ours une organisation terroriste arable, le trappeur Israël et la main invisible Adam Smith. Autant dire l’Amérique. Quant aux anglais, ils s’amusent. Ils font de l’humour en tirant sur leur pipe. La sympathie va à l’ours palestinien, c’est le défaut de la série, le grizzli est bourru, parfois sanguinaire, mais il ne mord que pour récupérer son territoire naturel tandis que le trappeur est plein de froideur et d’arrogance, il a probablement tué un lion en Afrique.

The honourable woman est une scène de chasse, un affût de prédateurs attendant un gibier aux cheveux courts, la proie est innocente, elle gambade pour la paix, les petits oiseaux et la réconciliation de l’ursidé et du chasseur, elle ne sait pas qu’on ne force pas les sympathies, qu’un animal sans loi n’enfouira jamais sa paluche à poils dans la main tendue d’un gros trappeur. Le progrès est zoophile, il nous entraîne vers l’animal, mieux vaut un ours mal léché qu’un chasseur droit dans ses bottes.

Je grossis le trait, la série est plus subtile, les scénaristes ont pris soin de ménager la chèvre, le chou et monsieur Seguin, elle prend son temps pour installer l’échiquier et présenter les troubles motivations des différents personnages. Hormis Nessa et la gouvernante qui sont de vraies idéalistes et dont toute l’action s’engrène sur une idée générale : la paix ou le patriotisme, tous les autres sont des humains ordinaires dont les gestes relèvent plus d’une psychologie ramifiée que de la croyance en des valeurs. C’est tout l’intérêt de la série, on s’imagine les espions comme de redoutables étiquettes au service d’intérêts supérieurs, ils ne sont que des hommes, une âme avec du lard autour, petits, sexuels et médiocres.

La jaquette prétend que The Honourable woman est la réponse anglaise à Homeland, c’est assez juste, même thème, même univers, même sentiment de confusion chez le spectateur, sentiment qu’une cascade de révélations, moins trépidante dans la série anglaise, contribue à éclaircir au fur et à mesure des épisodes, même final accrocheur, les deux derniers épisodes maintiennent une tension épuisante et jouissive, même comédienne à oscar : Claire Danes et Maggie Gyllenhall, aux manières fatigantes et prévisibles lorsqu’elles se répètent trop souvent, même plaisir de spectateur. Un bonus pour The honourable woman : les anglais. Ils sont drôles, distants, ironiques, ils nous rappellent que tout est jeu, tout est gris, tout est médiocre, alors à quoi bon s’enflammer ?

Une franche réussite. EEE.

Edouard.

Voir la critique d’Homeland dans ce blog.

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