La%20passion%20de%20Thérèse%20d'AvilaLa fin des vacances approche, le 15 août ne trompe personne, c’est l’assomption des jours mauvais, des jours de rentrée grisâtre, septembre se profile comme un mirage menaçant, une certitude agressive sur fond de ciel bleu, on voudrait retenir le temps qui passe, s’y accrocher, alourdir chaque minute de vacances de toute l’inertie de notre volonté, l’oisiveté est ce lest miraculeux, grand ralentisseur de vie qui n’arrête rien, l’ennui ne tue pas : il étire les durées, repousse les échéances. Dans certains pays du sud de l’Europe le désœuvrement est une manière de vivre, on s’applique à ne rien faire, à vivre sans action sur le pas de sa porte, à contempler le monde et la voisine. Pourvu que le décor s’y prête et l’on devient métaphysique. Ainsi l’Espagne est peuplée de concierges mystiques ; abandonnées dans la touffeur des plaines du Guadalquivir elles conversent avec Dieu, le chien et le facteur.

Sainte Thérèse d’Avila est espagnole, elle est sainte et d’Avila, cela suffit à en faire un docteur de l’église. Elevée au rang de philosophe par Paul VI au vingtième siècle, elle est l’égale d’Augustin et d’Athanase. La sortie du livre de Christiane Rancé est l’occasion de revenir sur les épisodes marquants d’une vie dédiée, toute entière bouleversée par Dieu, tendue vers la rencontre béate à laquelle seule la mort dispose.

Le livre de Christiane Rancé s’adresse aux ignorants, il est une introduction facile à la pensée de Sainte Thérèse d’Avila, en quelques pages bien documentées, l’auteure déclare sa flamme et raconte la vie mouvementée de la sainte. C’est propre, rapide, sans bavure métaphysique, pas de lyrisme toc ou d’envolée plombante, Christiane Rancé fait le récit d’une vie, s’autorise quelques ellipses, résume pour les nuls, c’est efficace et sans complication. Elle bouscule aussi. On s’imagine Sainte Thérèse d’Avila en précieuse icône médiévale, le teint diaphane et l’allure ésotérique, elle était en réalité une gaillarde de solide apparence, quoique de santé fragile, la mine replète, les sourcils épais et le bâton de pèlerin vissé à la paluche. Grande voyageuse, elle fonda des couvents, dialogua avec les puissants, s’enquit des trémulations du monde, un pied dans la glaise mais la tête dans l’azur. Elle inspira l’autre Thérèse, la petite, la modeste, celle de l’enfant Jésus, qui trouva dans cette vie les clés de sa petite voie, on ne gagne pas le ciel en se réfugiant dans l’ascèse solitaire et la contemplation, on le gagne en accomplissant son devoir d’état, à sa mesure minuscule ou grandiose, mais dessinée par Dieu.

La biographie de Christiane Rancé est également l’occasion d’aborder le sujet préoccupant de la métaphysique en milieu chaud et humide, comment s’élever vers les hauteurs sans consistance quand tout nous ramène à la physiologie ? C’est la grande question des stoïciens, des saints et des fakirs. La réponse est dans l’effort même que nécessite l’arrachement aux contingences terrestres, l’élévation de la pensée est proportionnelle à la force d’arrachement, c’est mathématique, physique et tutti quantique. C’est pourquoi on trouve moins de mystique en climat tempéré, la clémence des températures favorise les caractères mondains, on y cultive davantage l’humanité, plutôt François de Sales que François d’Assise. Thérèse est mystique car elle a chaud. C’est une conclusion d’expert. Mieux vaut une interprétation météorologique qu’un examen psychanalytique. C’est tout aussi plausible et c’est moins vexant pour la sainte. N’en déplaise à la clique du professeur Freud, on peut s’élever dans les cieux sans sublimer d’inavouables désirs.

Sortie d’une négociation d’apothicaire avec ses mécènes, Sainte Thérèse écrivait des pages sublimes dans Le Château intérieur, elle lévitait au dessert, entrait en extase à la moindre occasion, elle devait être perturbante pour ses interlocuteurs. Réconfortante aussi pour les pêcheurs que nous sommes, elle n’obtint de grâces incomparables qu’à force de labeur et de patience, des années de prières répétitives et ordinaires avant de connaître la fameuse transverbération, si glorieusement illustrée par Le Bernin, fusion de l’âme et du Verbe, blessure d’amour si profonde qu’elle marqua le cœur de la sainte.

Laborieuse, écrivain, fondatrice de couvents, infatigable pèlerine, découvreuse de Saint Jean de la Croix, elle fut tout cela avec une égale virilité. A découvrir dans le livre de Christiane Rancé. EEe.

« Je vis sans vivre en moi-même – avec l’espoir d’une vie si haute – que je meurs de ne pas mourir »

Edouard.

Née en 1515, remarque fortuite, ça change de Marignan.

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