Being_GoodBeing Good, être bien, être bon, être japonais. Ou japonaise. Le film de Mipo Oh nous transporte en contrées nippones ni mauvaises, loin du quatrième arrondissement, des philosophes barbus d’ascendance grecque et de l’héritage judéo-chrétien, on y mange des pâtes de riz, du pain frit et dans la classe, c’est dire l’importance du repas. Les élèves s’alimentent au lieu même de leur instruction, les tsukemonos côtoient les mathématiques, Flaubert et Shigeru Miyamoto macèrent dans les lentilles, le japonais n’aime pas les hiérarchies, la morale et la dialectique, l’harmonie ne procède pas de la tension des contraires mais de l’équilibre, un écrabouillis de yin et de yang.

Les personnages de Being Good ne sont pas bons ou méchants, ils sont pires, ordinaires et tiraillés, entre la poire et le fromage, les morts et ceux qui restent, perclus de doutes affreux, transis d’angoisse existentielle, engourdis par la discipline et le respect du protocole. Une grand-mère presque morte revient à la vie par l’entremise d’un petit autiste, un jeune instituteur se fait chahuter par des écoliers, une mère bat sa petite fille, trois histoires délicatement entremêlées, cousues dans la même trame légère et impressionniste où le nœud des scènes plus démonstratives accroche le nerf ophtalmique. On pleure, on s’indigne, on se gratte, on rit peu car le rire donne des rides et que la ride donne soif.

Dans le viseur de Mipo Oh, l’enfant, il est au cœur des intrigues, autiste, pisseux, maltraité, il ressort du programme essoré, centrifugé, clé de lendemains qui chantent et du soleil levant, c’est à la sœur de l’instituteur que revient le privilège d’éclaircir le propos : « Si l’on était plus gentil avec les enfants, le monde serait meilleur ». Propos cajoline qui fait mouche car la réalisatrice ne le souligne pas d’effets spectaculaires, le mélodrame refuse les facilités de l’art, il y a bien une fleur de cerisier qui tombe au ralenti, quelques notes de piano, liqueurs nécessaires mais passées dans la cornue d’un montage serré, jamais pesant, ni insistant, et qui n’oblige pas le spectateur. Rien de plus déplaisant que de se faire amollir la viande au bicarbonate.

L’enfant de Being Good est peu japonais, il est essentiellement humain et de nature freudienne, sa condition de néotène peu rompu à l’exercice de la singularité, il est moins qu’un poney qui sait déjà marcher, brouter et vivre seul, en fait la victime idéale des marâtres et des beaux-pères. Comme en Anatolie, à Melun et dans le quatrième arrondissement, l’enfant maltraité devient souvent un adulte dégoûté, fatalité que l’amour conjure, ou Raël. Prenons garde à aimer nos enfants, à les chérir, à les entourer d’ouate et de températures élevées.

Being Good est un bon film, subtile à la façon japonaise, qui n’est pas morale ou dogmatique, émouvant aussi mais de cette sorte d’émotion nostalgique qui fait naître des larmes d’apaisement, on s’en tire avec l’envie d’être meilleur, d’être bien. Serein. Being good n’est pas être saint, c’est être serein, comme un bouddhiste sur une planche de surf.

Cette pépite n’est pas visible dans n’importe quelle grotte, un seul cinéma la propose mais il est accessible à tous, le moindre australopithèque peut aller poser son gourdin, sa femelle et sa pizza devant son écran luminescent, Outbuster est son nom, Internet son prophète, pas de fauteuil rouge mais votre canapé Kasha de chez Habitat à 1457 euros. Outbuster est le cinéma des cinéphiles, vous ne trouverez à l’affiche que de bons films, primés partout dans le monde, visibles nulle part en France, pour un prix symbolique, aussi dérisoire qu’une cerise dans une quiche lorraine. La programmation change chaque semaine, le goût du bien, du bon, du beau demeure. Outbuster est la grotte.com de Platon, sans Dany Boon ni Franck Dubosc, mais avec Mippo Oh et Mads Mikkelsen.

Courrez-y, ne serait-ce que pour voir Being Good. EEE.

Edouard

www.outbuster.com

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