Pierre-BoutangOn célèbre aujourd’hui1 l’anniversaire de la publication du Manifeste du parti communiste par Karl et Friedrich, prénoms aux sonorités tranchantes, évocatrices de volailles découpées et de casques à pointes, bien faites pour attendrir les tympans calcifiés des beaux parleurs de petite lucarne, c’est l’occasion d’aborder un sujet sans aucun rapport, par exemple Pierre Boutang.

Pierre Boutang est un sujet intéressant qui remonte au vingtième siècle, il est doté d’une crinière blanche et de dents aiguisées, un ours polaire agrégé de philosophie. La pensée de Pierre Boutang relève d’un temps propice à la dialectique, temps historique où les idées ne saisissaient pas dans le même sirop de morale les picrocholines doléances d’un homme plus attaché à ses petits droits de consommateur-suceur qu’à ses fins dernières. On pouvait alors parler métaphysique autour du rôti dominical, soutenir le-bien-le-mal-Dieu-et-le-cosmos contre les socialo-communistes et mettre toute son assiette dans la même poubelle, Pierre Boutang était de la Nation Française et Jean-Sol Partre à l’Est d’Eden, les moutons suivaient les bergers en bêlant à la lune, encore préservés des fièvres acheteuses et des capucinades médiatiques.

Pierre Boutang, dont le nom ne dégage plus aujourd’hui qu’un vague relent méphitique, fut poète, traducteur de langues mortes et parfois vivantes, philosophe, critique littéraire et de spectacles, directeur de journal, il exerça tous les métiers de la pensée avec une passion égale et souvent furieuse qui le mena d’un bord à l’autre du sémaphore politique, trajectoire déroutante pour tout journaliste bien ordonné : chacun dans sa petite case et le public comprendra mieux. Continuateur de Maurras, apprenti gaulliste, soutien de Mitterrand, catholique débordé par sa libido, ami des hussards et amant d’écrivaines, ses positions contradictoires sur les questions modernes dissimulent la même flamme philosophique, elles ne sont que les ombres portées d’une métaphysique exigeante, recherche de l’être dans le secret, quête ardente qui donna un chef d’œuvre incompréhensible, Ontologie du secret, le jugement intellectuel se passe parfois de la raison raisonnante.

Royaliste de religion car la monarchie est un droit divin, il est un chancre gonflé de sanies obscurantistes sur la jolie fesse du progrès, il l’empêche ainsi de s’asseoir. Pourfendeur de l’Argent, de la morale émolliente des marchés, de la pensée molle et des psychanalystes, nouveaux sophistes d’un temps sans Vérité, Pierre Boutang lutta toute sa vie contre le nihilisme d’une époque emportée par l’existentialisme et l’illusion humaniste. Stéphane Giocanti retrace le parcours de cet homme hors du commun avec empathie, de l’Action Française à l’Algérie en passant par Pétain, l’auteur n’occulte aucun moment discutable mais fait comprendre les ressorts d’une pensée vivante, arcboutée sur une érudition stupéfiante.

De pamphlétaire impitoyable Pierre Boutang devint professeur de métaphysique à la Sorbonne en 1977 malgré les cabales de Bourdieu, nomination qui marque un tournant dans sa carrière, il délaissa aussitôt les questions mondaines pour consacrer sa vie à ses étudiants et à son œuvre de philosophe. On peut préférer ce personnage au trublion de la scène germanopratine. Colosse réfugié dans une maison de Collobrières, il rédigea dans ce trou de nature ses travaux les plus durables.

Penseur à la pensée battue par les vents contraires de la modernité, il est de ces granit trop exposé dont le temps seul découvre la dureté minérale, l’érosion est aussi un décapage, celui des scories trop volatiles, des opinions et des postures, ne restent que la métaphysique, Platon et la silhouette d’un ours polaire contre le chambranle d’une porte vermoulue de Provence. L’agrégation de philosophie tient dans le négligé du vêtement.

A lire, à découvrir.

Edouard

1 – 21 février 1848

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