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White – Bret Easton Ellis – EEe

White

WhiteLa Pentecôte célèbre une descente de flamme. Sur la tête de vendeurs de poissons, ce feu soudain les gonfle d’une foi brûlante et d’intrépide verdeur, les Elamites et les habitants de Cappadoce peuvent en témoigner. C’est ainsi que les hommes vivent et qu’une religion prend son essor, du moins lorsqu’elle est d’origine divine. Dans le cas contraire, un cimeterre et des espèces liquides sont d’une pratique plus utile. Bret Easton Ellis n’a pas connu de pentecôte fulgurante mais son dernier essai témoigne d’une lucidité d’esprit sain, aucune flammèche ne pare son noble chef, une casquette dissimule l’offrande du nouveau monde : pigeon progressiste descendu du ciel de New York lâchant sur les réticents des fientes morales et compassionnelles. Le romancier a pris la plume, qu’on espère extirpée du très saint croupion, pour dénoncer l’affront. White est le brulot d’un homme blanc que la bêtise des élites modernes crucifie. Au nom du vert, du fisc et du saint parti, celui des gens bons, des gens bons à en crever.

Bret Easton Ellis vieillit, le monde d’American Psycho a changé, si le nouvel empire tient ses fondations de l’antique capitalisme, c’est au puritanisme le plus intransigeant qu’il réserve le soin des ornements. Dans ce fastueux décor de pains d’épices, pas de place pour le vilain réel qui choisit Donald Trump et trempe ses frites dans une sauce grasse. Les élites déracinées qu’aucun devoir ne relie plus au bon peuple national sont désormais solidaires du monde entier, bulle étincelante maintenue dans l’éther par le souffle du grand Mamamouchi médiatique, elles survolent les masses grouillantes qui votent mal, sans gant, sans dent et sans regret. Hollywood et son chœur de pleureuses, les féministes américaines, les gays « Elfes magiques » et les fascistes verts, autant de moralistes plombeurs à la conscience aussi chromée que leur morale est débile, c’est dire si elle brille, elle est de cet airain iridescent dont on fait les statues de dictateur et les couperets de guillotine.

Bret Easton Ellis retrace dans White quelques épisodes autobiographiques, de son enfance américaine dans une famille peu regardante à l’écriture du roman qui lui vaudra une renommée internationale American Psycho, et jusqu’à sa relation avec ses petits amis milléniaux, chacune des ses tranches de vie est l’occasion de décrire l’Amérique, et le bardage progressif du grand vilain marché par les tesselles miroitantes de la vertu la plus tyrannique. Marqueterie d’une nouvelle orfèvrerie technologique, les touitteurs sont les modernes sophistes d’une « doxa » lénitive et lubrifiante, elle ne change rien au grand dessein anthropologique des sociétés occidentales : changer l’homme en punaise. Mais une punaise fière, avec de jolies couleurs arc-en-ciel, une tablette, un frigidaire rempli de légumes biomoches et 37 poubelles pour faire le tri.

Le livre de Bret Easton Ellis se lit vite, sans effort, avec le doux sentiment de partager l’ironie énervée de l’auteur face aux réactions outrées des sycophantes : cette vendeuse de la FNAC qui appuie sur le mot « autrice » en faisant les gros yeux, cette amie expatriée qui s’ébaudit de l’enseignement de la théorie du genre en maternelle, ce journaliste zélé qui dénonce ses camarades coupables d’un humour primesautier ou bien encore ce barbu à binocles qui achète une Barbie à son garçon parce que « oui il adore ça » ou ce professeur des écoles qui réduit le chauffage des petites sections en plein hiver, les tenants de l’ordre moral ont changé de bord.

Bret Easton Ellis écrit comme il pense, vite et en désordre, il tire de ses alertes cogitations un essai foutraque qui va partout sur le même ton léger et persifleur, il évoque mille aspects de cette culture mondialisée que la technologie pulvérise sur nos sociétés modernes, le lecteur en éprouve une angoisse diffuse, la crainte des tricoteuses de grandes vertus et un mépris regrettable pour Meryl Streep.

Bienvenue dans le pire des mondes, celui du totalitarisme doucereux. EEe.

Edouard.

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