Accueil L'humeur d'Edouard Ti’Bert Hurletout, petit clairon des familles

Ti’Bert Hurletout, petit clairon des familles

clairon

claironDans la famille Hurletout il est un petit garçon qu’une nature vicieuse dispose aux tours pendables.

Blond de poils, les yeux bleus rapprochés sous un front pur et trompeur, le visage ramassé autour d’une bouche petite, le jeune Ti’Bert dissimule son âme démente dans un corps chétif. Son cri ressemble à celui du gypaète barbu à l’approche du lapin, il fond sur sa proie à l’improviste, aux détours d’une porte ou à découvert, et brouille les systèmes cognitifs : la victime se déboussole, heurte le chambranle et finit par découvrir les limites de son flegme, qu’elle dépasse généralement. Exposés aux manœuvres d’affût du petit diable, tous les Hurletout franchissent les bornes avec régularité. A l’exception de la vieille indienne, son humeur est inébranlable. Qu’un lac aussi placide ait pu donner naissance à d’aussi tumultueuses rivières interpelle l’esprit scientifique, l’âge émousse la trempe, une longue expérience des hommes épuise les nerfs.

Les Hurletout sont de tempérament nerveux, ils possèdent une nature fibreuse centrée sur la glotte, la plus petite stimulation excite leurs cordes vocales. Ti’Bert Hurletout est le troisième rejeton d’une fratrie comptant quatre pièces, on sent que la sève s’est appauvrit au fur et à mesure de la collection, la dernière pièce est une fille, c’est dire le degré d’affadissement, restent deux yeux bleus immenses sous un toupet jaune. Joli mais encombrant.

Les capacités de Ti’Bert dépassent l’entendement, le secret de son mental ne peut être débrouillé sans renoncer à l’usage de la raison, seule une surnature dérèglée peut justifier l’incompréhensible : Ti’Bert est la preuve de l’existence de Dieu. Ou du diable. Enfin d’un esprit insaisissable. Ses réactions sont aussi inattendues que prévisibles sont celles des autres membres de la tribu, toutes concourent aux mêmes effets car il a découvert la note mystérieuse qui contracte l’intégralité des fibres d’un Hurletout, d’un seul coup, en une seule seconde. Son cri additionné de larmes entraîne un réflexe phonique d’une violence sans rapport avec le stimulus originel. Quelque évènement d’une banalité confondante provoque ses trilles et le Hurletout le plus proche menace de lui arracher la tête. C’est le battement d’aile qui provoque la tempête, Ti’Bert est la preuve de l’existence de Dieu et du chaos, c’est mesurer la complexité de la chose. Il n’est pas rare de surprendre dans la maisonnée des échanges d’une insondable logique, la pensée de Ti’Bert se heurte au mur des raisons ordinaires, la couleur d’un mur lui déplaît, il en conçoit une tristesse incommensurable qui dégénère en hurlement mouillés de pleurs, la fréquence secrète est atteinte, le père ou la mère Hurletout se contracte et menace l’incompris d’une géhenne de feu. Plus généralement d’un décollement du chef, le Hurletout énervé rechigne aux références bibliques.

Le Ti’Bert confiné voit ses aptitudes atteindre des niveaux célestes, chaque jour est l’occasion de démontrer la faiblesse de la raison et le triomphe du n’importe quoi. Ti’Bert est un nihiliste, c’est une preuve de l’existence de Dieu, une illustration du chaos et un nihiliste, c’est un système philosophique à lui tout seul. Les parents dépassés voudraient un numéro vert, ils se contentent de regarder des films d’une indicible vacuité sur Outbuster. Le vide compense le trop plein. La vieille indienne se tait, sa sagesse ancestrale lui souffle que tout passe. Elle fait rissoler des oignons dans la cuisine.

Fort heureusement pour la famille Hurletout, le nihilisme de Ti’Bert se conjugue d’une affectivité débordante, certes dérèglée car la mesure ordinaire ne convient pas à la folie, mais suffisamment bien orientée vers ses parents, la vieille squaw, toutes choses vivantes, un arbre, pour que le rapport entre l’amour qu’il donne et l’ennui qu’il provoque soit en la faveur du petit clairon. Ses élans du cœur surviennent généralement le matin, son cœur l’entraîne à rechercher l’adhérence avec la partie aimée, il s’y colle, s’y agglutine, crampon que rien ne peut desceller. Hormis une crêpe au sucre. Il en consomme énormément. Ses assauts de tendresse font parfois regretter ses cris.

Ti’Bert, Métal Hurlant de la famille Hurletout, petit clairon, criez pour nous.

Edouard

Charger d'autres articles liés
Charger d'autres écrits par edouardetmariechantal
Charger d'autres écrits dans L'humeur d'Edouard

Laisser un commentaire

Consulter aussi

Episode 4 – Où l’on fait connaissance avec Mr Pédoncule

  Marie-Chantal n’était pas contente. Coincée au fond du taxi qui la ramenait à Neui…