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Comédies françaises – Eric Reinhardt – Ee

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9782072796982Eric Reinhardt n’écrit pas mal; il écrit beaucoup, file un dialogue, commence une histoire, puis une autre, divague, raccroche le tout à un pivot narratif ténu qui tient du prétexte et d’Epinal, il pense avoir écrit un roman, ce n’est qu’un écheveau d’idées parfois brillantes, souvent usées. C’est de l’expression écrite, le tour commun des rentrées littéraires de France, les éditeurs laissent dégorger les plumes des bons fournisseurs, ceux qu’un précédent opus a nacré de l’onction du très saint commerce.

Comédies françaises n’est pas un bon roman mais il sera sans doute dans les listes des prix de l’automne. C’est une compilation hasardeuse de chapitres relatant la vie sentimentale d’un digne représentant de l’époque, sorte d’homme moderne idéal dont la conformité au monde comme il va n’est jamais aussi criante que dans ses postures de révolte. Dimitri est journaliste, ce qui ajoute du sel à la mer Morte, il aime les garçons, les filles, les poils sous les bras, la poésie et son papa, il veut écrire des romans et dénoncer la malignité des vieux mâles blancs. Il se trouve un cheval de bataille en la personne d’Ambroise Roux, affairiste des années Giscard dont les intrigues peu palpitantes empêchèrent la France d’être la patrie des GAFA. Le berceau d’Internet était français mais Ambroise trouvait le bébé criard et peu prometteur, il lui préférait le minitel et son compte de résultat. Reinhardt en fait tout un fromage, trois chapitre pour nous décrire par le menu le datagramme, chose peu littéraire dont l’inventeur scientifique, Louis Pouzin, est porté aux nues, la science sauvera le monde des hommes, on a vite fait le tour de la pensée de l’auteur.

L’embarras est que cette fantaisie est vraie, les noms n’ont pas été changé, Dimitri est journaliste, autant dire justicier, un donneur de vertus, une potion de morale, il dénonce avec la finesse d’un Edwy Plenel et le souci de la vérité d’un soviet suprême. Eric Reinhardt peut tout se permettre, son personnage le protège.

Peu de littérature, peu de roman dans Comédies françaises, on a parfois le sentiment qu’Éric Reinhardt a trop d’idées mais pas de suite dedans. Quand il a une idée de roman qui le fatigue d’avance, il la donne à son personnage et fait un chapitre, il écrit pourtant très bien et certaines pages sont réellement brillantes mais l’ensemble est décousu, relâché, verbeux. Et les dialogues sont affligeants.

Aussitôt après Comédies françaises, j’éprouvai le besoin de lire un auteur mort, je choisis par hasard Jean Meckert et Nous avons les mains rouges, je dégottai là de nouvelles raisons de trouver des allures de poulets aux cacographes du temps présent. Jean Meckert écrit par nécessité des romans denses, brutaux, au style somptueux, il fait passer Comédies françaises pour le pénible devoir d’un écolier vaniteux. Ee.

Edouard.

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