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Un enlèvement – François Begadeau – EE

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9782072898204François Begaudeau a de bonnes idées, un humour froid et sophistiqué qui rappelle Houellebecq et une morale à toute épreuve, c’est dire s’il est aimé par l’ensemble des gens bons, les Inrocks le vénère, Valeurs Actuelles aussi mais dans l’autre sens. J’ai failli aimer son dernier livre, j’en suis tout embarrassé. Un enlèvement n’est pas un mauvais roman, le début jusqu’aux trois dernières pages est très bien. Sa description d’un homme moderne, aveugle à la prison qu’il habite : sa tablette, son bien-être, son régime, sa morale, est réjouissante.

Qu’est-ce que l’homme ? Un petit tas de neurones moulé dans des certitudes, il ne croit plus en rien, ne rêve plus, n’imagine pas qu’une vérité soit autrement que scientifique, il révère le chiffre, la statistique, l’expertise picrocholine qui dissimule le néant de la pensée. Sa foi est une application informatique, elle est d’autant plus risible qu’elle se drape d’une morale dérisoire et utilitaire, les démêlés du personnage principal avec des mendiantes albanaises sont savoureux, Begaudeau voit juste et c’est cruel. Le fils de l’homme reste à sauver, il est rêveur, singulier, n’entre dans aucune case, c’est le privilège de l’enfance, de Rimbaud et des esprits libres. C’est aussi son malheur car l’homme moderne ne peut comprendre cette liberté qui procède d’une vision poétique, affranchie des oukases dilatoires de la société libérale.

Dans Un enlèvement, l’homme se désespère, le petit dernier résiste au gabarit, il ne sait pas lire, ne répond à aucun critère de performance standard, fait des trous dans la sable. La famille Legendre est pourtant moderne, elle mange bio, vote écolo, épouse la morale de son temps sans sourciller, on devine qu’elle est de tous les combats recommandés : mitou, les migrants, la GPA. Mais pas les gilets jaunes, ramassis de péquenauds. Elle lit des magazines de psychologie, s’exprime en élément de langage, n’imagine pas que l’homme puisse surprendre ou dépasser le modèle. Le petit dernier fait défaut, l’expertise psychanalytique n’aide pas, les parents sont paumés et pathétiques. En vacances à Royan, la famille apprend qu’un enfant a disparu, il est du même milieu, engeance fortunée et fabrique d’esclaves. L’esclave le plus policé n’échappe pas à sa nature, le père Legendre trompe sa femme, la femme Legendre se pose des questions, le singe se rebelle, l’hypocrisie des opinions fantoches éclate au grand jour sous la plume acide de Begaudeau. Le petit dernier et le disparu se connaissent, fils d’homme encore libres et rêveurs, ils échappent aux définitions, à l’expertise desséchante, au joug qu’on veut poser sur leurs épaules.

La fin est une évasion, celle des deux enfants par la poésie, rêverie impénétrable qui relève de l’épate. Gênant.

Begaudeau règle ses comptes avec la bourgeoisie éclairée. C’est drôle, et cruel, souvent. Sale bourge. EE.

Edouard.

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