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Voyages avec ma tante – Graham Greene – EEE

Greene

GreeneLe temps se gâte, les nuages grossissent et l’esprit part en Chine, contrées lointaines où l’on mange du pangolin braisé avec des pinces en bois. La Chine est l’avenir de l’homme, les magazines le proclament, la science le prédit, dans dix ans, dans un siècle, nous aurons les yeux tirés vers les tempes et un teint de craie jaune. Le physique fait résonner les gènes, le gène réalise l’histoire. Il n’y aura plus d’anglais que dans les livres de Graham Greene, c’est bien dommage car les anglais sont polis. Nous nous souviendrons avec mélancolie du temps béni des colonies, des pantalons jodhpurs et du thé de Ceylan qu’un autochtone servait avec les grandes dents blanches de son sourire, ces souvenirs nous vaudront de cuisants remords de conscience. Graham Greene était grand voyageur, il parcourait le monde à la recherche du graal, le sens de la vie, le bonheur, sa tante, on ne sait jamais pourquoi l’homme voyage.

Dans Voyages avec ma tante, un banquier mûr tombe de l’arbre1, il se découvre une ascendance généalogique insoupçonnée en forme de vieille dame aux cheveux rouges. Une tante excentrique et amoureuse qu’une dispute de famille avait éloignée d’Albion. Revenue des lointains pour enterrer sa sœur, mère du banquier, l’aïeule entraîne le comptable dans des aventures rocambolesques et exotiques, l’homme en conçoit des idées nouvelles et un peu d’émotion – pour un anglais, le coup est rude. D’autant que la tante est en réalité la mère, on le devine à la quinzième page, il en faudra 327 pour dessiller l’amateur de dahlias. 327 pages pour transformer un honnête anglais confit dans ses habitudes en indien guarani trafiquant de drogue. L’anglais prouve que l’homme n’est jamais loin de son contraire.

L’art de Graham Greene tient à l’absence de trompette, aucune histoire ne mérite de petits nœuds roses : le drame est sans bavure, on s’y laisse prendre par mégarde. La manière est anglaise, les aventures les plus folles sont racontées dans un style de journal. L’intrigue est nouée au fil de pêche, l’auteur en tire une friture délicate réservée aux amateurs de finesses, l’extraordinaire n’est pas dans le spectacle, il est dans le flegme, dans l’atonie du style : le contraste frappe l’esprit et fait sourire. Sourde jouissance d’extraction intellectuelle qui rappelle Evelyn Waugh ou Anthony Powell. Ce n’est jamais drôle mais c’est à se tordre.

Anglais. Un classique ravigotant. EEE.

Edouard.

1 – Généalogique

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